Le mardi 18 août 2026, vers 15 heures, un site d’exploitation artisanale de l’or s’est effondré à Zamboï — également écrit Zamboye — près de la frontière entre le Cameroun et la République centrafricaine. Selon les premières informations, des dizaines de mineurs auraient été ensevelis.
Les opérations de secours ont commencé dans des conditions extrêmement difficiles, les habitants et les secouristes locaux tentant d’extraire les victimes des décombres.
Dès le soir du drame, des bilans contradictoires circulaient. Des autorités locales centrafricaines ont annoncé qu’au moins 30 corps avaient été retrouvés. Certains médias camerounais ont ensuite fait état de 107 morts, citant le maire de Garoua-Boulaï. D’autres médias internationaux ont indiqué que des dizaines de personnes avaient perdu la vie, que plusieurs autres étaient toujours ensevelies et qu’aucun bilan officiel consolidé n’avait encore été publié.
Un fait doit donc être clairement établi : le nombre définitif de victimes n’a pas encore été vérifié. Cette tragédie ne doit pas devenir un champ de bataille alimenté par des rumeurs, des chiffres exagérés ou des démentis administratifs. Chaque victime a un nom, une famille et le droit d’être officiellement identifiée.
PREMIÈRE QUESTION : DANS QUEL PAYS LA CATASTROPHE S’EST-ELLE PRODUITE ?
Même la juridiction exacte du site minier demeure controversée.
Certains rapports situent le site près de Garoua-Boulaï, dans la région de l’Est du Cameroun. D’autres le localisent dans la zone d’Abba, au sein de la préfecture de Nana-Mambéré, en République centrafricaine. D’autres encore décrivent simplement Zamboï comme une localité frontalière entre les deux pays.
Cette confusion ne constitue pas un simple détail géographique. La détermination de la juridiction permet d’établir :
– Quel pays a autorisé ou toléré l’exploitation ;
– Quel ministère était chargé d’inspecter le site ;
– Quelles lois régissaient l’exploitation minière ;
– Qui était responsable de la sécurité des travailleurs ;
– Qui doit enquêter sur les éventuelles violations et engager les poursuites nécessaires ; et
– Qui doit indemniser les victimes.
Nous demandons donc aux gouvernements du Cameroun et de la République centrafricaine d’établir et de publier, sans délai, les coordonnées géographiques exactes du site ainsi que la juridiction administrative dont il relève.
DEUXIÈME QUESTION : QUI CONTRÔLAIT LE SITE ?
Le public doit savoir qui exploitait, finançait, autorisait ou supervisait cette mine.
Les autorités doivent rendre publics les éléments suivants :
1. L’exploitation minière était-elle autorisée ou illégale ?
2. Quels étaient le nom et la nationalité du titulaire du permis ou de l’autorisation ?
3. Qui étaient les actionnaires et les bénéficiaires effectifs de l’entreprise ?
4. Quels financiers, sous-traitants et acheteurs d’or étaient liés au site ?
5. Quel organisme public était chargé d’inspecter l’exploitation ?
6. À quelle date la dernière inspection de sécurité et environnementale a-t-elle été effectuée ?
7. Existait-il un plan approuvé d’exploitation minière, de sécurité et de gestion environnementale ?
8. Des enfants, des migrants sans papiers ou des travailleurs non déclarés se trouvaient-ils sur le site ?
9. Qui est légalement responsable de l’indemnisation des victimes et de la réhabilitation du site ?
Une catastrophe minière ne peut faire l’objet d’une enquête sérieuse tant que l’identité de l’exploitant demeure cachée.
TROISIÈME QUESTION : CETTE CATASTROPHE ÉTAIT-ELLE ÉVITABLE ?
L’événement immédiat fut l’effondrement d’une excavation ou d’une galerie aurifère. Cependant, aucune enquête technique n’a encore établi la cause précise du drame.
Le public doit donc éviter de présenter des suppositions comme des faits. Néanmoins, les enquêteurs doivent déterminer si la catastrophe est liée à l’un ou plusieurs des facteurs suivants :
– Des excavations insuffisamment soutenues ou renforcées ;
– Un sol instable ou saturé d’eau ;
– Des méthodes d’excavation dangereuses ;
– Un nombre excessif de personnes dans la zone minière ;
– Une supervision technique insuffisante ;
– L’absence d’équipements de protection ;
– L’absence de contrôle de l’accès au site ; ou
– L’inexistence d’un plan d’intervention d’urgence.
L’enquête doit également déterminer si certains responsables connaissaient les dangers présents sur le site, mais ont refusé ou négligé d’en ordonner la fermeture.
Si la mine était illégale, une question s’impose : comment une exploitation employant autant de personnes a-t-elle pu poursuivre ses activités sans être détectée ?
Si elle était autorisée, la question devient encore plus grave : qui l’a inspectée, certifiée et a permis à des personnes d’y travailler dans des conditions ayant entraîné autant de morts ?
QUE FAUT-IL FAIRE MAINTENANT ?
Les priorités immédiates doivent être les suivantes :
– Secourir toute personne susceptible d’être encore en vie ;
– Retrouver et identifier chaque victime ;
– Fournir des soins médicaux urgents aux survivants ;
– Soutenir et informer les familles touchées ;
– Publier une liste vérifiée des morts, des blessés et des disparus ;
– Sécuriser le site et préserver toutes les preuves ; et
– Empêcher toute réouverture non autorisée ou toute ingérence dans l’enquête.
Le Cameroun et la République centrafricaine devraient créer une commission d’enquête conjointe, indépendante et transparente, composée d’ingénieurs des mines, de géologues, de spécialistes de la sécurité, de magistrats et de représentants des familles des victimes.
L’enquête devra déterminer si l’exploitation minière illégale, les défaillances réglementaires, la corruption, la négligence criminelle ou la confusion administrative transfrontalière ont contribué à la catastrophe.
Ses conclusions devront être publiées, et les responsables — qu’il s’agisse d’opérateurs privés ou d’agents publics — devront répondre de leurs actes.
ZAMBOÏ NE DOIT PAS DEVENIR UNE AUTRE TOMBE OUBLIÉE
Cette tragédie ne doit pas être présentée comme un accident naturel inévitable. Ni la pauvreté ni la recherche de l’or ne devraient condamner des travailleurs à descendre dans des excavations dangereuses dont ils pourraient ne jamais ressortir.
Les populations du Cameroun et de la République centrafricaine ont le droit de savoir :
Où exactement cette catastrophe s’est-elle produite ?
À qui appartenait la mine ?
Qui l’a autorisée ?
Qui l’a inspectée ?
Qui profitait de son or ?
Qui a ignoré le danger ?
Et qui répondra de la mort de ces victimes ?
Les condoléances sont nécessaires, mais elles ne suffisent pas.
Les victimes de Zamboï ont droit à la vérité, à l’identification, à la justice, à l’indemnisation et à des réformes durables en matière de sécurité. Leurs familles ne doivent pas être abandonnées avec des questions sans réponse pendant que ceux qui ont profité de la mine disparaissent dans le silence.
L’or ne doit jamais avoir plus de valeur que la vie humaine. Zamboï doit devenir le tournant qui empêchera qu’un autre site minier ne se transforme en fosse commune.












