Le pouvoir a ses décrets. Le peuple, lui, a sa mémoire. Depuis que le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé la création de son propre parti, une étrange migration politique s’est mise en marche. Quelques responsables de PASTEF, frappés d’une soudaine illumination politique — toujours précédée de la désormais célèbre formule « après mûre réflexion » — ont décidé de plier bagage pour rejoindre le futur navire présidentiel.

Le spectacle est presque attendrissant. Hier encore, ils juraient fidélité au projet, aujourd’hui ils découvrent, comme par miracle, que leur boussole indiquait le Palais. Les convictions semblent avoir une autonomie de… signature de décret.
Pendant que certains comptent une cinquantaine de démissions comme s’il s’agissait d’un séisme politique, d’autres oublient volontairement de regarder l’autre côté du miroir. Car un parti ne se mesure pas seulement au nombre de cadres qui partent, mais surtout au nombre de citoyens qui arrivent.
Pendant que les caméras suivent les démissionnaires en quête d’un nouveau costume, des milliers de Sénégalais continuent, chaque jour, d’acheter leur carte de membre, d’adhérer à une idée et non à un fauteuil. Voilà la véritable actualité. Voilà le vrai thermomètre politique.

Ironie de l’histoire : lorsque l’APR perdait presque tous ses maires, des dizaines de responsables nationaux et voyait son influence fondre comme beurre au soleil, les mêmes experts autoproclamés nous expliquaient que tout allait bien. Aujourd’hui, une poignée de départs devient une épopée nationale. Décidément, certaines loupes médiatiques grossissent les grains de sable et rétrécissent les montagnes.
Ne tombons donc pas dans le piège de la publicité gratuite. Chaque communiqué de démission est une scène de théâtre qui ne mérite pas forcément une salle pleine. Plus on commente les départs, plus on leur offre une importance qu’ils ne possèdent pas.
Le véritable combat est ailleurs : dans les quartiers, les villages, les communes, là où des milliers de citoyens continuent d’adhérer, de vendre des cartes, de défendre un idéal et de faire vivre un projet politique qui dépasse les ambitions individuelles.

Car la vérité est têtue : la puissance d’un décret peut déplacer des hommes, mais elle ne fabrique pas une foi populaire. Les nominations créent des fidélités provisoires ; les convictions, elles, traversent les tempêtes.
Restons donc concentrés sur l’essentiel. Soyons patients. N’oublions jamais le sacrifice de ceux qui ont payé de leur liberté, de leur souffrance, parfois de leur vie, pour que ce projet existe encore aujourd’hui.

Les prochains jours diront si cette recomposition politique est un véritable raz-de-marée… ou simplement quelques embarcations quittant un port en croyant emporter l’océan avec elles. Car, au bout du compte, ce ne sont ni les décrets ni les démissions qui écrivent l’Histoire. Ce sont toujours les peuples.

Malick BA