La convocation, le 30 janvier, de l’ambassadrice du Niger, marque un tournant dans les relations entre Alassane Ouattara et Abdourahamane Tiani, après que ce dernier a qualifié le chef de l’État ivoirien de « sponsor » des jihadistes.

Les faits. « Le ministre [ivoirien] des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a reçu Madame l’ambassadrice du Niger pour lui exprimer une vive protestation. Un courrier a également été adressé et, à ce jour, nous sommes en attente d’une réponse. »

C’est par ces mots qu’Amadou Coulibaly, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement ivoirien, est revenu, le 4 février, lors du compte-rendu du Conseil des ministres, sur les accusations qu’Abdourahamane Tiani a formulées au lendemain de l’attaque de l’aéroport international de Niamey survenue le 29 janvier. Le président nigérien avait accusé nommément Alassane Ouattara, Emmanuel Macron et Patrice Talon d’être les « sponsors » des terroristes.

« Ces accusations émanant des pays membres de l’Alliance des États du Sahel [AES] ne sont pas nouvelles. À ce jour, nous attendons toujours les preuves », a rétorqué le ministre ivoirien.

Le contexte. Depuis plusieurs mois, les autorités de la transition du Mali, du Burkina Faso et du Niger accusent régulièrement la Côte d’Ivoire de jouer un rôle trouble et d’aggraver ainsi l’instabilité régionale.

À Ouagadougou, en septembre 2025, le capitaine Ibrahim Traoré avait affirmé que le territoire ivoirien servait « de base arrière aux ennemis du Burkina Faso ». Les relations de la Côte d’Ivoire avec le Mali se sont également crispées en 2022 après l’arrestation de 49 soldats ivoiriens, un épisode qui a profondément altéré le lien de confiance entre les deux pays.

Ces récriminations, auxquelles s’ajoutent les dernières déclarations d’Abdourahamane Tiani, ont nourri un climat de suspicion entre Abidjan et les pays de l’AES.

L’analyse. L’attaque contre l’aéroport de Niamey, revendiquée le 30 janvier par l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS), intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement dégradé au Niger et, plus largement, dans l’espace sahélien.

L’expansion des groupes jihadistes, la multiplication de leurs offensives et l’extension des zones d’insécurité accroissent la pression sur les pays de la région. Dans ce climat, les autorités de l’AES ont adopté une lecture politique particulière du phénomène terroriste. Pour elles, les jihadistes du Jnim et de l’EIGS qui frappent le Sahel depuis des années bénéficient en coulisse de soutiens extérieurs.

Dans ce discours, certains pays voisins, dont la Côte d’Ivoire, sont régulièrement cités comme des acteurs indirects ou des « sponsors » supposés. Abidjan, tout comme Cotonou – également fréquemment accusé par Abdourahamane Tiani – a toujours fermement rejeté ces accusations, les qualifiant d’infondées.

Pourquoi c’est important. Jusqu’ici, les autorités ivoiriennes n’avaient pas fermement réagi. En convoquant l’ambassadrice du Niger, elles haussent le ton.

Selon Amadou Coulibaly, ce durcissement s’explique par la nature des propos tenus par Abdourahamane Tiani. « Les pays de l’AES qui accusaient la Côte d’Ivoire n’avaient jamais mêlé le nom du chef de l’État [ivoirien] à leurs accusations. Tant qu’il s’agissait d’une accusation globale de notre pays, nous estimions qu’il n’y avait pas de réponse à donner. Mais là, le nom d'[Alassane Ouattara] a été mêlé à cela, ce que nous refusons, d’où notre réaction. » Pour Abidjan, la ligne rouge a donc été franchie.

 

Jeune Afrique