Même la connexion satellitaire n’est plus un refuge sûr. En Iran, les autorités semblent avoir réussi à entraver l’accès à Starlink, le réseau de satellites d’Elon Musk, utilisé par des milliers d’Iraniens pour contourner les coupures d’Internet imposées par le régime. Depuis plusieurs jours, des utilisateurs font état d’un effondrement du trafic, notamment à Téhéran, signe que la République islamique a trouvé une parade technique à ce service longtemps perçu comme hors d’atteinte.
Cette offensive intervient alors que le pays est plongé dans un quasi-blackout numérique. Depuis jeudi 8 janvier, à 22 heures, Internet est coupé sur l’ensemble du territoire, la connectivité non satellitaire représentant moins de 1 % des niveaux habituels, selon les données de l’organisation NetBlocks, qui surveille les coupures d’Internet et la censure en ligne dans le monde. Un verrouillage massif qui pousse une partie de la population à se tourner vers des solutions alternatives.
Parmi elles, Starlink occupe une place centrale. Fondé par le milliardaire américain Elon Musk, le service de connexion par satellite permet, en théorie, d’échapper au contrôle des fournisseurs d’accès iraniens, étroitement surveillés par les autorités. On estime aujourd’hui à environ 50 000 le nombre d’abonnés à Starlink en Iran, les récepteurs étant introduits illégalement dans le pays.
Mais cette échappatoire est désormais dans le viseur du pouvoir. À la suite de la « guerre de douze jours » qui a opposé l’Iran à Israël, en juin 2025, le Parlement iranien a adopté une loi interdisant formellement l’utilisation de Starlink, assortie de lourdes sanctions pour les utilisateurs et les distributeurs de cette technologie non autorisée. Mais au-delà du cadre juridique, la République islamique mène aussi une riposte technique sur le terrain.
« L’Iran a déjà mené des actions de ce type dans le passé en direction de satellites qui n’étaient pas des satellites en orbite basse, comme Starlink, mais en brouillant des satellites en orbite géostationnaire qui diffusent des chaînes de télévision depuis les années 2007-2008 », explique Xavier Pasco, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique et expert du domaine spatial, cité par Le Monde. « La nouveauté, aujourd’hui, est que ça ne concerne plus seulement les satellites géostationnaires, mais aussi la constellation en orbite basse », ajoute-t-il.
« Il s’agit d’employer des signaux forts sur la fréquence utilisée par Starlink. Ils génèrent un “bruit” qui empêche les terminaux de communiquer avec les satellites. Il faut rappeler que Starlink n’est pas un système militaire durci avec des communications sécurisées. C’est un système civil qui reste relativement facile à attaquer par des spécialistes de la technologie militaire », explique Xavier Pasco, soulignant qu’un brouillage à grande échelle exigerait toutefois des moyens considérables, tant en énergie qu’en infrastructures.
Selon l’expert, les autorités iraniennes privilégieraient donc une stratégie plus ciblée. Des systèmes de brouillage mobiles seraient déployés dans des zones jugées prioritaires, comme les grandes villes. « Tout est pensé pour que ce brouillage soit localisé dans les endroits les plus pertinents. Mais il ne semble pas que le brouillage soit national », précise Xavier Pasco.
Pour les internautes iraniens, cette nouvelle bataille technologique se traduit par une connexion erratique, faite d’attentes et d’espoirs fugaces. Conséquence, certains veillent des heures durant pour guetter l’ouverture d’une brève fenêtre de connexion afin de pouvoir communiquer avec l’extérieur.
Alpha Fafaya Diallo












