Conakry 18 juin 2025 – Le tout nouveau décret présidentiel du 14 juin 2025, annonçant la création d’une Direction Générale des Élections (DGE) au sein du ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD), n’a pas fait que des heureux.

À peine le décret lu à la télévision nationale, le parti de Mamadou Sylla, l’Union Démocratique de Guinée (UDG), a sorti son thermomètre politique : « Attention, ça sent l’arnaque avant même les urnes. »

Dans un communiqué au ton sec et peu diplomatique, l’UDG dit avoir pris note avec désespoir de cette initiative qu’elle considère comme une menace pour la transparence du processus électoral. Le parti rappelle que le décret 2021/0261 du 30 décembre 2021 prévoyait déjà un organe technique indépendant pour gérer les élections en République de Guinée. Alors pourquoi faire comme si ce texte n’avait jamais existé ? Pourquoi recréer la roue, mais cette fois dans le garage du MATD ?

Pour le parti de Mamadou Sylla, cette nouvelle Direction Générale n’est rien d’autre qu’un raccourci institutionnel douteux, une tentative de confier l’organisation des élections à une entité directement contrôlée par l’État. Et là, tout le monde voit le problème. Imaginez un instant : un ministère chargé de la sécurité intérieure, de l’administration territoriale… et désormais de gérer les bulletins de vote ? C’est un peu comme demander à un boxeur d’arbitrer son propre combat. Résultat garanti.

L’UDG s’appuie aussi sur les résolutions du dialogue inter-guinéen de 2022, notamment les points 16 et 17, qui recommandaient expressément la mise en place d’un organe indépendant pour organiser les élections, avec un observatoire composé des partis politiques et de la société civile. Même le Conseil National de la Transition, dans l’avant-projet de la Constitution de 2024, allait dans ce sens. Autrement dit : tout le monde est d’accord, sauf ceux qui ont le stylo du décret.

Le parti prévient : si le MATD agit seul, sans consultation ni implication des principaux partis politiques, il risque de créer des suspicions de manipulation, de fraudes ou, pire, de crise politique post-électorale. Car sans confiance, pas de scrutin crédible. Et sans crédibilité, bonjour les tensions.

En clair, l’UDG n’est pas contre l’organisation des élections, encore moins contre les décrets. Elle est contre le bricolage institutionnel qui transforme un processus démocratique en compétition de prestidigitation. Pour Mamadou Sylla et ses troupes, les élections doivent être gérées par un organe neutre, transparent, inclusif et crédible, sinon c’est le chaos annoncé. Et cette fois, ils ont décidé de tirer la sonnette d’alarme avant même que les urnes ne soient installées.