La Guinée s’est réveillée orpheline. Le 16 avril 2026, à l’aube, Elhadj Mamadou Sylla, celui que le pays tout entier appelait «Sylla Patronat», a tiré sa révérence. Et parmi les sanglots qui montent du patronat, de l’hémicycle et des mosquées, une voix s’élève, nue, grave, percutante. Parmi les milliers d’hommages qui pleuvent sur Conakry, un témoignage lacère le cœur par sa nudité: celle de Dre Makale Traoré.
«J’ai perdu un rempart » l’adieu viscéral de Dre Makale Traoré à Elhadj Mamadou Sylla, l’ami des orages. Femme d’État, conscience politique, verbe tranchant. Pourtant, ce matin, c’est l’amie qui parle. L’amie éplorée. L’amie qui, en quelques phrases, hisse le souvenir de «Sylla Patronat » au rang des légendes intimes, celles qu’aucun décret ne peut effacer. Femme d’État, plume acérée et cœur indomptable, elle livre un témoignage d’une rare intensité. Un texte bref, mais d’une densité émotionnelle qui fend l’armure. Loin des oraisons convenues, elle parle d’un homme, d’un ami, d’un rempart.
Le mot, dans sa chair: « Si vous comptez faire un écrit sur Mamadou Sylla, je souhaite que mon petit mot y soit car en désormais feu Elhadj Mamadou Sylla, je perd à jamais un ami comme il y en a très peu de nos jours depuis 20 ans. J’ai été informée par un des enfants dès le constat du décès très tôt ce matin. J’ai bénéficié de son affection, son soutien et surtout de sa protection en toutes circonstances y compris les plus difficiles. Je suis immensément attristée par ce départ à jamais vers les cieux.
Que sa famille trouve, en prière, la force d’accepter cette perte d’un être cher et irréprochable. J’implore vos prières pour le repos de son âme.
Dre Makalé Traoré »
L’hommage qui transcende le protocole. En quelques lignes, Dre Makale Traoré pulvérise les codes. Plus qu’un hommage, c’est une confidence d’État. Elle ne parle pas au « Président de l’UDG », ni au « PDG de Futurelec Holding ». Elle parle à « l’ami ». Un mot qui, dans la bouche d’une femme politique de sa trempe, pèse plus lourd que tous les titres.
« Un ami comme il y en a très peu de nos jours depuis 20 ans » : la formule claque, implacable. Vingt années de fidélité, dans un monde où les alliances se consument plus vite qu’une bougie en plein vent. Vingt années où, dit-elle, elle a bénéficié de « son affection, son soutien et surtout de sa protection en toutes circonstances y compris les plus difficiles ».
Le mot « protection » résonne. Il dit les tempêtes traversées. Il dit les silences de l’adversité et la main tendue, invariablement. Il dit un Sylla Patronat loin des projecteurs : celui qui couvre, qui rassure, qui encaisse à la place de l’autre.
La rigueur du sentiment, la richesse du dépouillement. Dre Makale Traoré n’argumente pas. Elle atteste. Et c’est là sa force. Elle oppose au tumulte des analyses la rigueur du sentiment. « Un être cher et irréprochable » : l’adjectif est lourd, définitif, presque dangereux dans l’arène publique guinéenne. Elle l’assume. Elle le signe.
Son chagrin est «immense », son attrition est totale : « ce départ à jamais vers les cieux ». Le style est dépouillé, mais chaque mot est une pierre tombale posée avec précision. Pas d’emphase inutile. Juste la vérité crue de la perte.
L’appel au recueillement d’une nation. En implorant « *vos prières pour le repos de son âme* », Dre Makale Traoré sort du champ politique pour entrer dans le sacré. Elle fédère. Elle unit les cœurs, au-delà des chapelles, autour d’un homme qui fut, pour elle, un roc.
L’irréprochable, ou le courage de nommer. Oser écrire « *un être cher et irréprochable* » dans le champ politique guinéen relève de la bravoure. C’est refuser le relativisme. C’est graver dans le marbre une certitude affective que ni les polémiques ni les procès posthumes ne sauraient ébrécher. Dre Makale Traoré signe là un pacte d’honneur avec sa mémoire. Elle choisit la loyauté contre l’air du temps.
Ce témoignage restera. Parce qu’il est vrai. Parce qu’il est rare. Parce qu’il rappelle qu’au sommet des empires, au cœur des batailles, il subsiste des amitiés indéfectibles. Des amitiés qui, lorsqu’elles meurent, emportent avec elles un pan entier de notre propre histoire. Parce qu’il est vrai. Parce qu’il nous rappelle qu’au-delà des empires économiques et des conquêtes politiques, ce qui fait un homme, c’est sa capacité à être un refuge pour les autres
Elhadj Mamadou Sylla est parti. Mais par la plume de Dre Makale Traoré, il entre dans l’éternité des hommes qui ont su aimer, protéger, et rester irréprochables.
Que la terre de Boké, qu’il rejoindra ce vendredi, lui soit légère. Que les prières qu’implore Dre Makale Traoré montent vers les cieux où, désormais, veille l’ami irremplaçable.
Billy Keita, citoyen en médiation mais passif.












