Face aux défis climatiques et à la pression sur les stocks halieutiques, la Guinée franchit un cap décisif. En plaçant la cogestion au centre de sa stratégie nationale, le pays donne le pouvoir aux communautés côtières pour régénérer leurs ressources marines et sécuriser leur avenir économique. Ce mercredi 07 octobre 2026, la ministre des Pêches Fatima Camara a présidé une importante rencontre réunissant tous les acteurs de la Pêche Artisanale de la République de Guinée.
Longtemps perçue comme une ressource inépuisable, la façade maritime guinéenne fait face à une réalité complexe : conflits d’usage dans la zone exclusive des 6 milles marins, raréfaction de certaines espèces et effets du changement climatique. Pour inverser la tendance, le ministère de la Pêche et de l’Économie maritime mise sur une approche collaborative majeure : la cogestion. Cette démarche associe directement l’État et les communautés locales dans la gouvernance et la protection de l’or bleu guinéen. 
Le Projet Kounki : le fer de lance de la nouvelle gouvernance
Cette transformation s’incarne notamment à travers le ambitieux projet Kounki, lancé sous l’impulsion des plus hautes autorités du pays, le président de la République, S.E.M. Mamadi Doumbouya, et son Premier ministre Amadou Oury Bah. Ce programme d’envergure nationale s’appuie sur quatre piliers stratégiques : 
  • La gouvernance partagée : L’inclusion systématique des comités de pêcheurs et des femmes transformatrices dans la prise de décision.
  • Le suivi scientifique : L’élaboration de plans de gestion reposant sur des données précises des stocks halieutiques.
  • La résilience climatique : Le renforcement des capacités d’adaptation des communautés rurales face aux aléas environnementaux.
  • L’appui financier : Faciliter l’accès aux financements pour structurer et moderniser la filière artisanale. 
L’exemple de Boffa : la preuve par le terrain
Sur le littoral, les initiatives locales prouvent l’efficacité de ce modèle. À Boffa, des projets comme le P2DPA ont déjà permis de restructurer le port artisanal en installant des comités locaux. Ces derniers gèrent de façon autonome la collecte des taxes, l’entretien des infrastructures et la résolution des conflits de voisinage en mer. 
Mieux encore, lorsque les ressources s’amenuisent, ces comités réorientent une partie de leurs efforts vers la sensibilisation à la diversification des revenus et le financement de microprojets alternatifs. Une réponse concrète pour éviter la surpêche tout en maintenant la dignité économique des foyers. 
Protéger la zone des 6 milles marins
L’un des enjeux majeurs de cette cogestion reste la sanctuarisation de la zone de pêche exclusive réservée aux artisans. Selon la Confédération Africaine des Organisations de Pêche Artisanale ( CAOPA), la sécurisation de cet espace est vitale pour la souveraineté alimentaire de la Guinée. En donnant aux pêcheurs artisanaux la légitimité de surveiller et de cogérer leur propre zone, l’État guinéen crée un bouclier communautaire efficace contre les incursions illégales de navires industriels. 
Une ambition régionale
La stratégie de la Guinée résonne au-delà de ses frontières. Le pays s’inscrit désormais dans une dynamique ouest-africaine, collaborant avec des organisations régionales pour mettre en place des commissions mixtes avec ses voisins (Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau, Mauritanie) afin de gérer durablement les ressources halieutiques partagées. 
En responsabilisant les communautés côtières, la Guinée ne se contente pas de protéger ses poissons : elle consolide son tissu social, préserve des milliers d’emplois et dessine les contours d’une économie maritime résiliente, prête à affronter les défis du siècle.
Mohamed Camara
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