Une liste contenant près de 4000 organisations et individus bannis du réseau social a été publiée par le site américain The Intercept. Facebook refusait jusqu’à présent de dévoiler ce document utilisé pour la modération.

Le site américain The Intercept a dévoilé, mardi 12 octobre, la liste «des individus et organisations» dangereux, utilisée pour la modération des contenus de Facebook. Ce document, non daté, recense plus de 4000 entités et personnalités bannies du réseau social. Selon le média américain, les origines de cette politique interne remonteraient à 2012, alors que le Congrès et l’ONU s’inquiétaient du recrutement en ligne de terroristes islamiques.

A la différence des récents Facebook Files, qui jettent une lumière crue sur les défaillances du réseau social concernant la lutte contre les discours de haine, ce document tend à redonner un peu de crédibilité à l’entreprise de Mark Zuckerberg sur cette question. Si d’importants efforts restent à faire, Facebook semble agir. The Intercept assume d’ailleurs de publier pour que « les lecteurs puissent tirer leurs propres conclusions sur la qualité de cette modération ».

Toutes ces organisations figurent au niveau 1 de la priorité de Facebook. « Nous supprimons les éloges, les soutiens techniques et les représentations, ainsi que de ceux de leurs dirigeants, fondateurs ou membres éminents », résume le réseau social. Jusqu’ici, rien de très surprenant. Le niveau 2 est quant à lui réservé aux organisations violentes non-étatiques (seulement 1% de la liste de Facebook), à l’image de l’armée syrienne libre. Ces dernières peuvent être mentionnées sur Facebook, mais l’éloge de leurs actions violentes est strictement défendu.

D’après The Intercept, 23,3% de la liste est aussi constituée de groupes militarisés, 17% de personnes ou entités considérées comme haineuses. C’est ici que le bât blesse. Si certains sont classés au rang 1 de la modération Facebook, d’autres figurent au rang 3, un peu plus souple. Selon Faiza Patel, de l’association Brennan Center for Justice, des centaines de milices de droite à prédominance blanche, notamment américaines, disposeraient ainsi de conditions plus favorables sur la plateforme, sans que cela ne soit justifié.

Le difficile classement des groupes haineux

The Intercept prend l’exemple du mouvement d’extrême droite connu sous le nom de « Boogaloo », qui prône une deuxième guerre civile aux Etats-Unis et qui compte dans ses rangs de très nombreux suprémacistes blancs. Celui-ci, classé comme un « groupe armé militarisé », se voit associer le troisième niveau de modération.

« Le niveau 3 concerne les entités susceptibles d’enfreindre à maintes reprises nos politiques en matière de discours incitant à la haine ou d’organismes dangereux sur la plate-forme ou en dehors, ou d’une forte intention de se livrer à des actes de violence hors ligne dans un avenir proche, mais qui ne sont pas engagées dans des actes de violence à ce jour ou qui n’ont pas prononcé la violence envers d’autres personnes sur la base de leurs caractéristiques protégées. Il s’agit notamment des mouvements sociaux militarisés, des réseaux de conspiration incitant à la violence ainsi que des individus ou groupes bannis pour avoir incité à la haine », distingue le centre de transparence de Facebook.

Une définition dans laquelle entrent également des organes complotistes et-ou haineux, à l’image de QAnon ou pour la France Génération identitaire ou encore Egalité et réconciliation, l’association fondée par Alain Soral, personnellement cité dans le fichier. Pour tous ces nommés, Facebook leur est interdit nommément, mais les discussions à leur égard sont moins susceptibles d’être verrouillées.

Facebook s’était toutefois toujours refusé à distribuer cette liste, pensant que cela « mettrait en danger ses employés », indique The Intercept. Mais « un certain nombre de juristes et de défenseurs des libertés civiles » ainsi que le conseil de surveillance de l’entreprise lui-même recommandaient de la diffuser dans l’intérêt du public et des utilisateurs, complète le média d’investigation. C’est maintenant chose faite, qu’y apprend-on ?

Une majorité d’organisations terroristes et criminelles exclues

Les organisations ou personnalités terroristes représentent un peu plus de la moitié des inscrits. Pour les identifier, Facebook s’est principalement appuyé sur un fichier du département du Trésor américain, le Specially Designated Global Terrorist (SDGT), élaboré après les attentats du 11 septembre 2011. Al-Qaïda et bien entendu l’Etat islamique, ainsi que toutes leurs branches, y figurent. Tout comme une myriade de groupes du Moyen-Orient, d’Asie, d’Afrique et d’Europe, à l’image de l’ETA, l’IRA, la bande à Baader et – de façon plus contestable – les Black Blocs Français. Son cousin, le fichier Specially Designated Narcotics Trafficking Kingpins (SDNTK) identifie quant à lui les principales figures du trafic de drogue au niveau mondial, généralement des cartels mexicains, sud-américains (environ 5% de la liste).

Cette différence de traitement – les terroristes islamistes au rang 1, les suprémacistes blancs au rang 3 – agace des experts cités par le média américain. « Facebook – comme le gouvernement américain – considère les musulmans comme les plus dangereux », assène Faiza Patel, qui constate que des groupes haineux anti-musulmans sont absents de la classification du réseau dirigé par Mark Zuckerberg. Ce dernier accumule décidément les ennuis. Jusqu’à quand ?

LEXPRESS