Arrêt de l’exploitation du Simandou : de graves révélations sur l’exécution actuelle du projet (Enquête)

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Le jeudi 10 mars 2022, au terme de sa session ordinaire du Conseil des ministres, le gouvernement guinéen a décidé de faire stopper toutes les opérations du Consortium SMB-Winning sur le Simandou.

Le Président de la transition, le Colonel Mamadi Doumbouya, décidé à finir avec le bradage des ressources du pays par une poignée de personnes, a déploré le refus des responsables de la SMB-Winning de donner des réponses aux différentes questions liées au développement de ce méga projet de classe mondiale.

« Le Président de la Transition a rappelé qu’il avait demandé la mise en œuvre de l’exploitation du gisement de Simandou en tenant compte des intérêts de la Guinée. Malheureusement, à ce jour, malgré sa requête qui date de décembre 2021, il n’y a pas eu de progrès. Il a donc instruit la cessation de toute activité sur le terrain en attendant les réponses aux questions posées aux divers acteurs et la clarification du mode opératoire dans lequel les intérêts de la Guinée seront préservés », a précisé le Conseil.

Depuis cette annonce, le milieu économique guinéen en particulier et le milieu des affaires ne manque pas de commentaires sur l’origine de la colère du colonel contre la compagnie « chouchou du régime défunt ».

Les nouvelles autorités, ont exigé désormais que l’exploitation minière tienne compte de l’intérêt de toutes les parties.

L’on se souvient que, le 16 septembre dernier, le message du Président de la transition, le Colonel Mamadi Doumbouya, a été, on ne peut plus clair à l’endroit des opérateurs miniers évoluant en Guinée : « L’Etat assure votre sécurité, garantit vos investissements et vous respectez la loi minière, notamment le contenu local », avait-il dit aux patrons des compagnies minières.

« La Guinée restera toujours attachée au respect des normes et principes de transparence et de bonne gouvernance prônés par l’initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), entre autres. Dans cette dynamique, une attention particulière sera accordée au respect du contenu local. Aucune entreprise avec des intérêts étrangers, ne pourrait être désignée pour faire la construction et la maintenance des routes non goudronnées et des bases-vie. Sauf s’il y a un constat d’incapacités des entreprises locales. Ces mesures concernent aussi le transport des minerais notamment par voie terrestre et pour transport des travailleurs. Il convient aussi d‘accorder la priorité aux nationaux et dans les concours de recrutement aux différents postes, y compris les cadres de directions, en particulier les ressources humaines, le développement communautaire et les relations extérieures. En ce qui concerne les directeurs généraux, les sièges sociaux de leurs sociétés, ceux-ci doivent être basés en Guinée ».

Malgré cet appel du chef de la junte et sa bonne volonté, régulièrement renouvelée à l’endroit des partenaires, la SMB-Winning, dont le consortium a obtenu la concession d’exploitation des riches gisements de fer des blocs 1 et 2 du mont Simandou, aurais été soupçonnés de torpiller les règles établies et à plusieurs niveaux.

Il est reproché entre autres aux responsables de la SMB-Winning, de découper en 14 lots le tronçon pour le chemin de fer Beyla-Moribaya (Forécariah) et leur attribution à une seule société chinoise , CRCI en numérotant CRCI de 1 à 14 pour l’ensemble des lots en violation du Code minier guinéen et du message du Colonel Mamadi Doumbouya.

A la place des entreprises guinéennes, ces entités chinoises serait entrain de construire des routes bombées devant supporter les rails tout le long du corridor.

Ce qui viole à la fois le code minier guinéen et le message du Président de la transition, rappelé plus haut.

Ces violations se seraient poursuivies dans la construction des bases-vie dans les 14 campements du corridor qui aurait été réalisés par des chinois et non par des entreprises guinéennes comme le stipule le message du colonel et le code des mines.

Aussi, des carrières de granites devant être exploitées par des guinéens seraient exploitées par des entreprises chinoises.

A ces dérapages, un autre affront est signalé à l’actif de la SMB-Winning dont les travailleurs chinois débarquent dans des conditions totalement flous à Conakry et par vague sans se faire enregistrer à Conakry comme l’exigent les lois guinéennes et sont directement conduits sur les différents sites du projet.

Autant de manquements ajoutés à l’entêtement du consortium de profiter du vide constitutionnel du 5 septembre, pour appuyer sur l’accélérateur et se permettre même de refuser de collaborer avec l’autre géant du fer, Rio Tinto dans la réalisation des infrastructures ferroviaires et portuaires, pour des multiples usages.

Cette décision du gouvernement guinéen est vivement saluée par l’opinion qui voit là, un acte de courage et de patriotisme à soutenir si l’on veut que les ressources du pays bénéficient aussi et prioritairement aux populations guinéennes.

A ceux qui croient que c’est une nouvelle occasion perdue, c’est une fausse analyse. Puisqu’avec la guerre russo-ukrainienne en cours, chaque pays européen, veut renforcer son arsenal militaire. Ce qui passe par l’utilisation en quantité des matières premières comme le fer et l’aluminium, que la Guinée peut valablement fournir en ayant de partenaires sérieux et crédibles dans la mise en valeur de ses riches gisement. Pour vue qu’elle participe à la fixation des prix et à l’exploitation de certains segments de la chaîne de production et de transport tel que prévu dans le code minier.

C’est aussi à la Guinée qu’il revient de veiller au transfert de technologies comme l’a fait la Chine face aux européens il y a de cela quelques années et qui lui a valu aujourd’hui la position enviable de grande puissance économique de la planète.

Mosaiqueguinee.com