Les Services Non Personnalisés de l’État, un trou noir de 285,8 milliards francs Cfa. Au Sénégal, il existe des milliards qui voyagent sans laisser de traces, des dépenses qui circulent sans contrôle et des comptes publics où la transparence semble avoir perdu son adresse. Bienvenue dans le royaume des Services non personnalisés de l’État (SNPE), les fonds spéciaux bis de la République !

La Cour des comptes a pourtant tiré la sonnette d’alarme : entre 2019 et 2024, 2562,17 milliards de FCFA ont transité par ces comptes de dépôt, dans des conditions dénoncées pour leurs graves insuffisances de traçabilité et de contrôle. Le fameux compte CAP/Gouvernement, crédité de 1 343 milliards, illustre l’ampleur des interrogations soulevées par la gestion des finances publiques.

Et que fait-on après un tel constat ? On rationalise ? On réforme ? On ferme les robinets opaques ? Que nenni ! Dans la LFR 2026, 285,8 milliards de FCFA sont encore prévus pour ces services : 130 milliards pour l’Agriculture, 16,7 milliards pour les Finances et le Budget. Des milliards à distribuer pendant que la transparence, elle, attend toujours son invitation.

Le plus savoureux, c’est que la Cour des comptes avait recommandé de rationaliser ces dépenses. Mais visiblement, certaines habitudes budgétaires ont la peau plus dure que les promesses de rupture. On dénonce hier les pratiques du système, mais aujourd’hui, les vieilles recettes semblent toujours mijoter dans les marmites de l’État.

Les SNPE seraient-ils devenus des tiroirs budgétaires où l’argent public s’offre une escapade loin des regards indiscrets ? Des fonds spéciaux sans en porter le nom, des circuits financiers où le contrôle semble arriver après la bataille ?

La majorité parlementaire de Pastef a raison de poser le débat. Car la rupture ne se proclame pas au micro : elle se prouve dans les comptes. On ne peut pas promettre de démanteler le système et conserver ses tuyaux les plus opaques.

Le gouvernement doit donc clarifier ces mécanismes, donner suite aux recommandations de la Cour des comptes et soumettre chaque franc public aux règles de contrôle et de traçabilité.
L’argent du peuple n’est ni un coffre privé, ni une caisse noire, ni un distributeur automatique réservé aux initiés.

Et si les SNPE n’ont rien à cacher, qu’ils acceptent enfin la lumière. Car en République, la transparence ne devrait jamais être une option budgétaire !
La rupture ou la continuité ? Les milliards, eux, attendent toujours la réponse.

Malick BA