Les excuses présentées par France 24 au président Mamadi Doumbouya sont prises en compte. Toutefois, elles ne sont intervenues qu’après l’indignation publique, les sanctions réglementaires et la suspension de la diffusion de la chaîne en Guinée. Des excuses formulées sous la pression sont certes les bienvenues, mais elles ne sauraient remplacer une véritable responsabilité institutionnelle.

Dans sa lettre, France 24 réduit l’incident à un « qualificatif inexact » employé par un seul journaliste. Pourtant, le problème est beaucoup plus profond : il concerne le double standard éditorial persistant dans le vocabulaire utilisé pour parler de l’Afrique.

France 24 et d’autres médias étrangers qualifient régulièrement certains dirigeants africains de « putschistes », même lorsque ceux-ci obtiennent par la suite un mandat constitutionnel ou électoral. Dans le même temps, des groupes armés qui massacrent des civils, incendient des villages, enlèvent des enfants et déstabilisent des États africains sont souvent présentés sous des termes édulcorés tels que « djihadistes », « combattants », « insurgés » ou « rebelles » — comme si le terrorisme devenait moins criminel lorsque ses victimes sont africaines.

Cette incohérence linguistique est inacceptable. Les mots façonnent l’opinion internationale, confèrent une légitimité et influencent la diplomatie. Ils ne doivent pas être utilisés comme des armes contre les gouvernements africains tout en servant à atténuer la gravité des crimes commis par des terroristes.

France 24 doit donc aller au-delà des excuses adressées à un seul président. La chaîne doit :

– reconnaître publiquement et corriger ce déséquilibre éditorial discriminatoire ;
– présenter ses excuses à tous les dirigeants et États africains injustement ou sélectivement qualifiés ;
– cesser d’utiliser des étiquettes politiquement chargées à la place d’une information objective ;
– désigner clairement les organisations terroristes reconnues comme telles et décrire leurs crimes avec la gravité qu’ils méritent ;
– publier des normes éditoriales transparentes et les appliquer de manière égale à l’Afrique, à l’Europe et au reste du monde.

Les dirigeants africains ne demandent pas à être protégés contre la critique. Ils exigent simplement l’exactitude, l’équité et les mêmes normes journalistiques que celles accordées aux dirigeants des autres régions du monde.

L’Afrique acceptera la critique, mais jamais le mépris déguisé en journalisme.

Dr David Makongo