Analyse critique du Dr David Makongo
Ousmane Sonko a-t-il porté Bassirou Diomaye Faye au pouvoir ?La réponse est à la fois oui et non.

Aucun homme, à lui seul, n’élit un président. Ce sont les Sénégalais qui ont fait ce choix. Mais il est tout aussi vrai que sans le mouvement politique de Sonko, sa popularité, ses années de combat dans l’opposition et son puissant message souverainiste, Bassirou Diomaye Faye ne serait probablement pas président aujourd’hui.

Alors, quel capital politique Sonko a-t-il mis sur la table ? Il a investi sa crédibilité, sa popularité auprès de la jeunesse, son image d’antisystème, sa vision panafricaine et la confiance de millions de Sénégalais convaincus que leur pays avait besoin d’une rupture avec l’ancien ordre politique.
Le défi a commencé après la victoire.
Gagner une élection est une chose. Gouverner un pays en est une autre.


De nombreux partisans attendaient des réformes rapides : une souveraineté économique renforcée, des négociations plus fermes sur les ressources naturelles, une réduction des influences étrangères, des réformes institutionnelles profondes et une mise en œuvre accélérée de l’agenda nationaliste et panafricain qui avait inspiré le mouvement.

Mais gouverner exige des compromis, de la diplomatie, de la stabilité économique et la gestion d’intérêts puissants, tant nationaux qu’internationaux. Les attentes se sont alors heurtées à la réalité.

Comme cela arrive souvent en politique, des tensions sont apparues autour des priorités, du rythme des réformes, de l’influence et du contrôle du pouvoir.Un mouvement uni dans l’opposition peut se diviser une fois au pouvoir.
La véritable question n’est donc pas de savoir qui a porté qui au pouvoir. La vraie question est de savoir si les promesses qui ont uni le mouvement peuvent survivre aux réalités de l’exercice du pouvoir.

L’histoire nous enseigne que de nombreuses ruptures politiques naissent lorsque les attentes révolutionnaires se heurtent aux contraintes du gouvernement.
L’expérience sénégalaise nous rappelle qu’il est plus facile de partager une victoire que de partager le pouvoir.

Dr David Makongo