{"id":1698,"date":"2020-09-26T09:15:48","date_gmt":"2020-09-26T08:15:48","guid":{"rendered":"https:\/\/liberationinfo.com\/?p=1698"},"modified":"2020-09-26T09:15:48","modified_gmt":"2020-09-26T08:15:48","slug":"laventure-de-la-democratie-en-afrique-histoire-et-etat-des-lieux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/liberationinfo.com\/index.php\/laventure-de-la-democratie-en-afrique-histoire-et-etat-des-lieux\/","title":{"rendered":"L&rsquo;aventure de la d\u00e9mocratie en Afrique: histoire et \u00e9tat des lieux"},"content":{"rendered":"<p class=\"t-content__chapo\">L\u2019Afrique est souvent pr\u00e9sent\u00e9e comme un bastion de r\u00e9gimes autoritaires et dictatoriaux. Pourtant, depuis au moins trente ans, sous l\u2019effet des bouleversements mondiaux, les pays africains se sont massivement dot\u00e9s de culture \u00e9lectorale et les \u00e9lections ont largement remplac\u00e9 les coups d\u2019\u00c9tat comme moyens de changement de r\u00e9gime. Mais la persistance de pouvoirs autoritaires ou semi-autoritaires ainsi que le dernier coup de force au Mali montrent que ces \u00e9volutions restent fragiles.<\/p>\n<div class=\"t-content__body u-clearfix\">\n<div class=\"m-interstitial\">\n<div class=\"m-interstitial__ad\">\n<div class=\"m-block-ad \">\n<div id=\"tms-block-3143636311560072\" class=\"m-block-ad__content\">\n<div id=\"google_ads_iframe_\/33480810\/web\/rfi\/fr\/article\/pave1_0__container__\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Il y a 60 ans, dix-sept pays africains acc\u00e9daient \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance, faisant de l\u2019ann\u00e9e 1960 la premi\u00e8re \u00e9tape vers une \u00e9mancipation totale du continent, qui a \u00e9t\u00e9 colonis\u00e9, esclavagis\u00e9, mis en coupe r\u00e9gl\u00e9e par les grandes puissances europ\u00e9ennes pendant de nombreux si\u00e8cles. Le processus de lib\u00e9ration s\u2019est termin\u00e9 avec la chute du r\u00e9gime d\u2019apartheid en Afrique du Sud en 1991.<\/p>\n<p>Si l\u2019\u00e9mancipation du continent africain a \u00e9t\u00e9 en grande partie le r\u00e9sultat des n\u00e9gociations politiques entre colonisateurs et colonis\u00e9s, elle \u00e9tait aussi l\u2019aboutissement des prises de conscience et des combats majeurs men\u00e9s par les Africains au nom de la souverainet\u00e9, la libert\u00e9 et le d\u00e9veloppement. Ces objectifs furent inscrits dans les Constitutions des nouveaux \u00c9tats ind\u00e9pendants, tout comme l\u2019a \u00e9t\u00e9 le choix de la d\u00e9mocratie qui paraissait aux yeux des p\u00e8res fondateurs comme le r\u00e9gime le plus appropri\u00e9 pour r\u00e9aliser ces objectifs.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait sans compter avec les dynamiques de l\u2019histoire, de la g\u00e9opolitique et des id\u00e9ologies dominantes, qui ont s\u00e9rieusement compromis le processus de la d\u00e9mocratisation des pays africains au cours des d\u00e9cennies qui ont suivi les premi\u00e8res ind\u00e9pendances, suscitant parfois des doutes sur l\u2019ad\u00e9quation du mod\u00e8le d\u00e9mocratique occidental \u00e0 la mani\u00e8re de faire du politique sur le continent. On se souvient de la d\u00e9claration de Jacques Chirac en 1990 affirmant que \u00ab<em>\u00a0l\u2019Afrique ne serait pas pr\u00eate pour la d\u00e9mocratie\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Les soci\u00e9t\u00e9s africaines sont-elles r\u00e9ellement incompatibles avec la d\u00e9mocratie et le multipartisme ? Au soixanti\u00e8me anniversaire du premier mouvement d\u2019ind\u00e9pendances de l\u2019Afrique, quel bilan peut-on \u00e9tablir de la d\u00e9mocratisation r\u00e9elle du continent ? O\u00f9 en est le processus en 2020 ?<\/p>\n<div id=\"tms-ad-inread-5774633857541212\" class=\"tms-ad\">\n<div id=\"divVideoStepAdBottom\" class=\"divVideoStep\"><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>La d\u00e9mocratie a la cote<\/strong><\/p>\n<p>Commen\u00e7ons par les\u00a0bonnes nouvelles.<\/p>\n<p>1 &#8211; Alors qu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, l\u2019Afrique se targuait d\u2019avoir seulement trois\u00a0d\u00e9mocraties sur les 53 pays que comptait alors le continent, aujourd\u2019hui lorsqu\u2019on croise les diff\u00e9rents indicateurs de la maturit\u00e9 \u00e9lectorale et ceux de la maturit\u00e9 \u00e9conomique (Afrobarom\u00e8tres, Freedom House, Mo Ibrahim, et Economist Intelligence Unit) on trouve pas moins d\u2019une dizaine de pays qu\u2019on pourrait qualifier de \u00ab d\u00e9mocraties matures \u00bb qui connaissent des alternances de partis au pouvoir, des \u00e9lections libres et transparentes et un parlementarisme actif. Dans le rang de ces d\u00e9mocraties avanc\u00e9es, se situent notamment les \u00eeles du Cap-Vert, le Ghana, l\u2019\u00eele Maurice, la Namibie, le S\u00e9n\u00e9gal, la Tunisie, le Botswana, l\u2019Afrique du Sud, le B\u00e9nin, Sao Tom\u00e9 et Principe. \u00c0 ceux-l\u00e0 s\u2019ajoutent des pays en cours de d\u00e9mocratisation et dont font partie p\u00eale-m\u00eale la Gambie, l\u2019\u00c9thiopie, le Nigeria, l\u2019Alg\u00e9rie, le Maroc, le Kenya, la Zambie et Madagascar.<\/p>\n<p>2 &#8211; La pratique de la d\u00e9mocratie \u00e9lectorale est entr\u00e9e dans les m\u0153urs. \u00ab\u00a0\u00a0<em>Depuis les ann\u00e9es 1990, tous les \u00c9tats du continent ont instaur\u00e9 un processus \u00e9lectoral pluraliste avec la mise en concurrence des candidats, \u00e0 l\u2019exception de l\u2019\u00c9rythr\u00e9e. On compte ainsi chaque ann\u00e9e une vingtaine d\u2019\u00e9lections sur tout le continent. Le syst\u00e8me \u00e9lectoral fait partie du paysage africain, de la vie politique locale<\/em>\u00a0\u00bb, explique le chercheur et ancien diplomate Pierre Jacquemot, qui vient de publier un essai sur l\u2019av\u00e8nement de la d\u00e9mocratie \u00e9lectorale en Afrique (1). \u00ab\u00a0<em>Depuis 1990, six cents \u00e9lections pr\u00e9sidentielles et l\u00e9gislatives se sont tenues dans les 53 pays africains. Seule l\u2019\u00c9rythr\u00e9e ne vote pas<\/em>\u00a0\u00bb rappelle le diplomate.<\/p>\n<div class=\"m-em-image\">\n<figure class=\"m-figure m-figure--original\">\n<div class=\"m-figure__img-wrapper\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" class=\"m-figure__img\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/s.rfi.fr\/media\/display\/d2e5bb44-fce5-11ea-b2d5-005056bff430\/w%3A1024\/niger-elections-2016.webp?w=696&#038;ssl=1\" alt=\"A la sortie d'un bureau de vote \u00e0 Niamey \u00e0 l'occasion du scrutin pr\u00e9sidentiel et parlementaire de f\u00e9vrier 2016, une Nig\u00e9rienne montre fi\u00e8rement sa carte d'\u00e9lectrice.\" \/><\/div><figcaption class=\"m-figure__caption\"><span class=\"m-figure__caption__legend\">A la sortie d&rsquo;un bureau de vote \u00e0 Niamey \u00e0 l&rsquo;occasion du scrutin pr\u00e9sidentiel et parlementaire de f\u00e9vrier 2016, une Nig\u00e9rienne montre fi\u00e8rement sa carte d&rsquo;\u00e9lectrice.<\/span>\u00a0<span class=\"m-figure__caption__credits\">Issouf Sanogo\/AFP\/Getty Images<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<p>3 \u2013\u00a0<em>Last but not least<\/em>, on constate une v\u00e9ritable aspiration populaire pour la d\u00e9mocratie en Afrique aujourd\u2019hui. Selon un sondage effectu\u00e9 dans 34 pays en 2019 par Afrobarom\u00e8tre, l\u2019institut de sondages et de recherche sur la gouvernance en Afrique, 68% des sond\u00e9s d\u00e9clarent vouloir vivre dans des soci\u00e9t\u00e9s ouvertes et libres. Certes, ce chiffre, qui s\u2019\u00e9levait \u00e0 72% en 2012, est en baisse, mais r\u00e9v\u00e8le toujours une adh\u00e9sion massive aux principes de la d\u00e9mocratie \u00e9lectorale.<\/p>\n<p><strong>Les racines de l\u2019autoritarisme postcolonial<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Afrique revient de loin. Au moment des ind\u00e9pendances, la d\u00e9mocratie en Afrique \u00e9tait une id\u00e9e neuve, m\u00eame si le personnel politique alors aux manettes, en Afrique francophone comme en Afrique anglophone, \u00e9tait familier des pratiques occidentales de la d\u00e9mocratie \u00e9lective multipartite. Le S\u00e9n\u00e9galais Senghor, tout comme l\u2019Ivoirien Houphou\u00ebt-Boigny ou encore le Guin\u00e9en S\u00e9kou Tour\u00e9, avaient \u00e9t\u00e9, on s\u2019en souvient, d\u00e9put\u00e9s au Parlement fran\u00e7ais. C\u2019est fort de cette exp\u00e9rience formatrice que les p\u00e8res fondateurs des pays africains qui acc\u00e9d\u00e8rent \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance dans les ann\u00e9es 1950-1960, commen\u00e7ant par la Tunisie en 1956 et le Ghana en 1957, adopt\u00e8rent comme cadre de leur vie politique le mod\u00e8le d\u00e9mocratique occidental, avec ses \u00e9lections ouvertes \u00e0 tous les habitants ainsi qu\u2019\u00e0 la concurrence des partis.<\/p>\n<p>Mais, aussit\u00f4t apr\u00e8s les ind\u00e9pendances, le pluralisme est abandonn\u00e9. Face aux d\u00e9fis politiques et \u00e9conomiques de la p\u00e9riode post-ind\u00e9pendances, la plupart des \u00c9tats africains instaurent des r\u00e9gimes autoritaires, dirig\u00e9s par des dictateurs souvent violents dont les plus connus s\u2019appellent Idi Amin Dada, Bokassa, Mengistu et Mobutu. La culture du chef, qui caract\u00e9rise les soci\u00e9t\u00e9s africaines traditionnelles, est alors point\u00e9e du doigt par les observateurs pour expliquer pourquoi la culture d\u00e9mocratique a tard\u00e9 \u00e0 prendre racine dans le continent. Or, si on en croit les chercheurs en histoire et en anthropologie, dans l\u2019Afrique pr\u00e9coloniale, contrairement \u00e0 l\u2019id\u00e9e re\u00e7ue, les chefs n\u2019\u00e9taient pas tous tout-puissants, car leur pouvoir d\u00e9coulait des populations qui \u00e9taient traditionnellement associ\u00e9es \u00e0 la gestion politique de la cit\u00e9 sans n\u00e9cessairement recourir \u00e0 l\u2019\u00e9lection.<\/p>\n<div class=\"m-em-image\">\n<figure class=\"m-figure m-figure--original\">\n<div class=\"m-figure__img-wrapper\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" class=\"m-figure__img\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/s.rfi.fr\/media\/display\/e98ddea0-152b-11ea-bdc8-005056a99247\/w%3A1024\/mobutu_0.webp?w=696&#038;ssl=1\" alt=\"Arriv\u00e9 au pouvoir par un coup d\u2019Etat en 1965, Joseph-D\u00e9sir\u00e9 Mobutu est rest\u00e9 32 ans \u00e0 la t\u00eate de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (anciennement le Za\u00efre). Tyran sanguinaire, il a r\u00e9gn\u00e9 d'une main de fer sur son pays aux richesses mini\u00e8res fabuleuses.\" \/><\/div><figcaption class=\"m-figure__caption\"><span class=\"m-figure__caption__legend\">Arriv\u00e9 au pouvoir par un coup d\u2019Etat en 1965, Joseph-D\u00e9sir\u00e9 Mobutu est rest\u00e9 32 ans \u00e0 la t\u00eate de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (anciennement le Za\u00efre). Tyran sanguinaire, il a r\u00e9gn\u00e9 d&rsquo;une main de fer sur son pays aux richesses mini\u00e8res fabuleuses.<\/span>\u00a0<span class=\"m-figure__caption__credits\">DR<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<p>\u00ab\u00a0<em>La plupart des soci\u00e9t\u00e9s africaines \u00e9taient effectivement des soci\u00e9t\u00e9s de d\u00e9lib\u00e9ration, mais cette d\u00e9lib\u00e9ration s\u2019effectuait de fa\u00e7on exclusive, dans un contexte de forte hi\u00e9rarchisation des statuts o\u00f9 seules certaines cat\u00e9gories sociales, notamment les hommes les plus \u00e2g\u00e9s, avaient acc\u00e8s \u00e0 la parole et \u00e0 la d\u00e9cision<\/em>\u00a0\u00bb, \u00e9crit l\u2019anthropologue et historien de l\u2019Afrique Jean-Fran\u00e7ois Bayart. Ce mod\u00e8le d\u00e9lib\u00e9ratif sera mis \u00e0 mal par la colonisation et la d\u00e9colonisation.<\/p>\n<p>Pour Jean-Fran\u00e7ois Bayart comme pour son homologue britannique Nic Cheeseman, auteur d\u2019un essai sur la d\u00e9mocratie en Afrique (2) qui fait autorit\u00e9, le mod\u00e8le de l\u2019autoritarisme africain ne serait pas endog\u00e8ne, mais colonial. Les deux s\u2019accordent pour reconna\u00eetre que la chefferie traditionnelle est une invention du colonisateur et que l\u2019\u00c9tat pr\u00e9dateur postcolonial con\u00e7u comme un outil d\u2019exploitation des ressources plut\u00f4t que comme un outil d\u2019autonomisation des citoyens serait \u00ab\u00a0<em>l\u2019h\u00e9ritier direct du projet autoritaire de la \u00ab\u00a0mise en valeur coloniale\u00a0\u00bb et du style de commandement de l\u2019administration europ\u00e9enne de l\u2019\u00e9poque<\/em>\u00a0\u00bb, selon Jean-Fran\u00e7ois Bayart. Nic Cheeseman confirme cette lecture et rappelle que les techniques coercitives telles que le travail obligatoire, la d\u00e9tention arbitraire et les ch\u00e2timents corporels pratiqu\u00e9s par le colonisateur ont \u00e9t\u00e9 largement maintenues sous les r\u00e9gimes autoritaires. Il va falloir attendre la fin de la guerre froide pour que le jeu d\u00e9mocratique soit relanc\u00e9 sur le continent africain.<\/p>\n<p><strong>Le tournant des ann\u00e9es 1990<\/strong><\/p>\n<p>Au tournant des ann\u00e9es 1990, avec la chute du bloc sovi\u00e9tique, une nouvelle dynamique est n\u00e9e dans le monde en faveur de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale. Cette dynamique s\u2019est \u00e9tendue \u00e9galement au continent africain o\u00f9 on voit de nombreux pays mettre en place des \u00ab\u00a0Conf\u00e9rences nationales souveraines\u00a0\u00a0r\u00e9clamant l\u2019instauration de la d\u00e9mocratie. Ces mobilisations convoqu\u00e9es par des mouvements citoyens, r\u00e9unissant les forces sociales, politiques et religieuses, font \u00e9voluer l\u2019organisation de la vie politique, \u00ab\u00a0<em>en cr\u00e9ant de nouvelles r\u00e8gles de jeu, en \u00e9vin\u00e7ant les dictateurs les plus violents et en \u00e9largissant le spectre des possibles<\/em>\u00a0\u00bb, \u00e9crit Pierre Jacquemot.<\/p>\n<p>En 1991, le B\u00e9nin et la Zambie font figure de pionniers dans ce mouvement g\u00e9n\u00e9ral de d\u00e9verrouillage d\u00e9mocratique. Au sortir d\u2019une longue p\u00e9riode de dictature, ces pays organis\u00e8rent leurs premi\u00e8res \u00e9lections multipartites qui consacr\u00e8rent la victoire de l\u2019opposition. L\u2019ensemble de l\u2019Afrique francophone sera, \u00e0 terme, touch\u00e9e par ces mobilisations populaires. Les populations descendent dans la rue et r\u00e9clament une transformation fondamentale de la vie politique avec l\u2019abrogation des syst\u00e8mes constitutionnels en place jug\u00e9s totalitaires et leur remplacement par des institutions r\u00e9ellement repr\u00e9sentatives.<\/p>\n<div class=\"m-em-image\">\n<figure class=\"m-figure m-figure--original\">\n<div class=\"m-figure__img-wrapper\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" class=\"m-figure__img\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/s.rfi.fr\/media\/display\/c25988c4-fce4-11ea-8514-005056a98db9\/w%3A1024\/p%3A16x9\/20190427_170644_0.webp?w=696&#038;ssl=1\" alt=\"Il y a trente ans au B\u00e9nin, s'ouvrait la premi\u00e8re conf\u00e9rence nationale d'Afrique francophone, en f\u00e9vrier 1990, premi\u00e8re \u00e9tape de la construction des institutions d\u00e9mocratiques b\u00e9ninoises.\" \/><\/div><figcaption class=\"m-figure__caption\"><span class=\"m-figure__caption__legend\">Il y a trente ans au B\u00e9nin, s&rsquo;ouvrait la premi\u00e8re conf\u00e9rence nationale d&rsquo;Afrique francophone, en f\u00e9vrier 1990, premi\u00e8re \u00e9tape de la construction des institutions d\u00e9mocratiques b\u00e9ninoises.<\/span>\u00a0<span class=\"m-figure__caption__credits\">RFI\/Carine Frenk<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<p>Certes, les r\u00e9sultats ne furent pas les m\u00eames d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre. Dans la foul\u00e9e de 1991, on n\u2019assista pas non plus \u00e0 la victoire id\u00e9ologique d\u00e9finitive de la d\u00e9mocratie et du lib\u00e9ralisme. Mais des avanc\u00e9es significatives eurent lieu, parmi lesquelles la fin des partis uniques dont le nombre chuta de 29 en 1989 \u00e0 3 en 1994. \u00ab\u00a0<em>Entre 1990 et 1999<\/em>, \u00e9crit Pierre Jacquemot,\u00a0<em>on compte 192 \u00e9lections pr\u00e9sidentielles et l\u00e9gislatives dans 45 pays. Dans certains d\u2019entre eux, les oppositions naissantes conduisirent des campagnes en faveur de r\u00e9formes et permirent l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne de nouveaux dirigeants, gr\u00e2ce \u00e0 des \u00e9lections pluralistes.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019ampleur des r\u00e9percussions provoqu\u00e9es par ces mobilisations populaires dans l\u2019Afrique subsaharienne ne peut \u00eatre sous-estim\u00e9e. Pour nombre d\u2019observateurs, cette d\u00e9ferlante politique serait \u00e0 l\u2019origine des soul\u00e8vements du Printemps arabe qui fera vaciller les r\u00e9gimes arabes \u00e0 la fin des ann\u00e9es 2000 et conduira \u00e0 la chute de Ben Ali \u00e0 Tunis et Moubarak au Caire.<\/p>\n<p><strong>\u00c9tat des lieux<\/strong><\/p>\n<p>Trente ans apr\u00e8s le retour de la d\u00e9mocratie \u00e0 la faveur des Conf\u00e9rences nationales souveraines, l\u2019Afrique se retrouve \u00e0 un nouveau palier de son \u00e9volution politique. \u00ab\u00a0 La d\u00e9mocratisation par l\u2019\u00e9lection\u00a0\u00bb, qui fut le principal acquis des mobilisations des forces pro-d\u00e9mocratiques au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, montre ses limites, avec notamment l\u2019instrumentalisation des scrutins par les gouvernements en place.<\/p>\n<div id=\"tms-block-3422405882799944\" class=\"o-self-promo o-self-promo--nl\">\n<div class=\"o-self-promo-wrapper\"><\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Rares sont les scrutins africains qui respectent les r\u00e8gles formelles de la d\u00e9mocratie \u00e9lectorale<\/em>, se lamente Pierre Jacquemot dans son essai.\u00a0<em>Les manipulations \u00e0 chaque \u00e9tape du cycle \u00e9lectoral prennent diverses formes, allant de l\u2019intimidation des \u00e9lecteurs et des candidats \u00e0 la manipulation de l\u2019organe de gestion \u00e9lectorale en passant par des failles dans l\u2019enr\u00f4lement et le trucage dans le d\u00e9compte des r\u00e9sultats.<\/em>\u00a0\u00bb Par cons\u00e9quent, il y a tr\u00e8s peu d\u2019alternance au pouvoir, avec les dirigeants en place reconduits ind\u00e9finiment. Rappelons qu\u2019\u00e0 la fin de 2019, quatorze chefs d\u2019\u00c9tat africains \u00e9taient au pouvoir depuis plus de vingt ans. Le professeur britannique Nic Cheeseman abonde dans ce sens, qualifiant l\u2019Afrique de \u00ab\u00a0<em>continent remarquablement divis\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb, avec \u00ab\u00a0<em>presque autant de d\u00e9mocraties d\u00e9fectueuses (15) que de r\u00e9gimes autocratiques (16) parmi les 54 \u00c9tats du continent<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans ces conditions de recul g\u00e9n\u00e9ral des libert\u00e9s et de la d\u00e9mocratie, comment s\u2019\u00e9tonner que le d\u00e9senchantement d\u00e9mocratique gagne les populations\u00a0? Cela se traduit par l\u2019abstention grandissante, une \u00ab\u00a0<em>fatigue de vote<\/em>\u00a0\u00bb pour citer Pierre Jacquemot, qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 50% en moyenne depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Ce sont des maux que pointe \u00e9galement le dernier rapport sur la d\u00e9mocratie dans le monde publi\u00e9 en d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e par le magazine britannique\u00a0<em>The Economist<\/em>. L\u2019indice de 4,26 qu\u2019attribuent les sp\u00e9cialistes du magazine \u00e0 l\u2019\u00e9tat de la d\u00e9mocratie en Afrique subsaharienne est le plus bas depuis 2010.<\/p>\n<div class=\"m-em-image\">\n<figure class=\"m-figure m-figure--original\">\n<div class=\"m-figure__img-wrapper\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" class=\"m-figure__img\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/s.rfi.fr\/media\/display\/0467a8c4-fce3-11ea-99c6-005056bf87d6\/w%3A1024\/p%3A16x9\/000_DV1327164_0.webp?w=696&#038;ssl=1\" alt=\"Le milliardaire d'origine &quot;Mo&quot; Ibrahim dirige une fondation destin\u00e9e \u00e0 am\u00e9liorer la gouvernance en Afrique.\" \/><\/div><figcaption class=\"m-figure__caption\"><span class=\"m-figure__caption__legend\">Le milliardaire d&rsquo;origine \u00ab\u00a0Mo\u00a0\u00bb Ibrahim dirige une fondation destin\u00e9e \u00e0 am\u00e9liorer la gouvernance en Afrique.<\/span>\u00a0<span class=\"m-figure__caption__credits\">JUSTIN TALLIS \/ AFP<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<p>Ce rapport \u00e9dit\u00e9 par les chercheurs de\u00a0<em>The Economist Intelligence Unit<\/em>\u00a0(EIU) attire aussi l\u2019attention sur les progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es dans le domaine de la d\u00e9mocratisation par des pays comme la Gambie, le Soudan et l\u2019\u00c9thiopie qui, hier encore, \u00e9taient plong\u00e9s dans des dictatures les plus absolues. Cette logique du verre de la d\u00e9mocratie \u00e0 moiti\u00e9 plein rejoint les prises de position du philanthrope anglo-soudanais Mo Ibrahim, engag\u00e9 \u00e0 travers sa fondation bas\u00e9e \u00e0 Londres dans la publication r\u00e9guli\u00e8re des bilans sans concession de la gouvernance en Afrique. Celui-ci d\u00e9plorait encore r\u00e9cemment que les dictateurs du continent soient mieux connus que ses d\u00e9mocrates, citant l\u2019exemple d\u2019un ancien chef d\u2019\u00c9tat africain qui a d\u00fb lui-m\u00eame appeler un taxi apr\u00e8s la passation de pouvoirs !<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong><em>De l\u2019\u00e9lection \u00e0 la d\u00e9mocratie en Afrique (1960-2020)<\/em><\/strong>, par Pierre Jacquemot. \u00c9ditions Fondation Jean-Jaur\u00e8s, 2020.<\/p>\n<p><em><strong>Democracy in Africa : successes, failures and the struggle for political reform<\/strong><\/em>, par Nic Cheeseman. Cambridge University Press, 2015.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019Afrique est souvent pr\u00e9sent\u00e9e comme un bastion de r\u00e9gimes autoritaires et dictatoriaux. Pourtant, depuis au moins trente ans, sous l\u2019effet des bouleversements mondiaux, les pays africains se sont massivement dot\u00e9s de culture \u00e9lectorale et les \u00e9lections ont largement remplac\u00e9 les coups d\u2019\u00c9tat comme moyens de changement de r\u00e9gime. Mais la persistance de pouvoirs autoritaires ou [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1699,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[4,5,6],"tags":[],"class_list":["post-1698","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actu","category-politique","category-societe"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/liberationinfo.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/carte-pays-monde-oceans-afrique-drapeau.jpg?fit=500%2C450&ssl=1","jetpack-related-posts":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/liberationinfo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1698","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/liberationinfo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/liberationinfo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/liberationinfo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/liberationinfo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1698"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/liberationinfo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1698\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/liberationinfo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1699"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/liberationinfo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1698"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/liberationinfo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1698"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/liberationinfo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1698"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}