{"id":1627,"date":"2020-09-22T09:16:50","date_gmt":"2020-09-22T08:16:50","guid":{"rendered":"http:\/\/liberationinfo.com\/?p=1627"},"modified":"2020-09-22T09:16:50","modified_gmt":"2020-09-22T08:16:50","slug":"presidentielle-en-cote-divoire-alassane-ouattara-le-dernier-round","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/liberationinfo.com\/index.php\/presidentielle-en-cote-divoire-alassane-ouattara-le-dernier-round\/","title":{"rendered":"Pr\u00e9sidentielle en C\u00f4te d&rsquo;Ivoire: Alassane Ouattara, le dernier round"},"content":{"rendered":"<p class=\"t-content__chapo\">Sa d\u00e9cision, en mars, de ne pas se pr\u00e9senter \u00e0 l\u2019\u00e9lection avait \u00e9t\u00e9 unanimement salu\u00e9e. Il assurait vouloir \u00ab laisser la place \u00e0 une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration \u00bb. Mais \u00e0 78 ans, Alassane Ouattara, pr\u00e9sident de la C\u00f4te d\u2019Ivoire depuis 2010, repart en campagne suite au d\u00e9c\u00e8s de son dauphin, son \u00ab fils \u00bb, Amadou Gon Coulibaly. Sa candidature cristallise d\u00e9sormais toutes les tensions et elle semble f\u00e9d\u00e9rer l\u2019opposition contre elle. Trente ans apr\u00e8s le d\u00e9but de sa carri\u00e8re politique, \u00ab ADO \u00bb se lance dans son dernier combat.<\/p>\n<div class=\"t-content__body u-clearfix\">\n<div class=\"m-interstitial\">\n<div class=\"m-interstitial__ad\">\n<div class=\"m-block-ad \">\n<div id=\"tms-block-30475126461074176\" class=\"m-block-ad__content\">\n<div id=\"google_ads_iframe_\/33480810\/web\/rfi\/fr\/article\/pave1_0__container__\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><em>De notre correspondant \u00e0 Abidjan,<\/em><\/p>\n<p>Ce 6 ao\u00fbt \u00e0 20h, veille de la f\u00eate nationale, la place de la mairie d\u2019Abobo, bastion \u00e9lectoral abidjanais du Rassemblement des houphou\u00ebtistes pour la d\u00e9mocratie et la paix (RHDP), a des allures de cin\u00e9ma en plein air. Des dizaines de militants install\u00e9s sur des chaises en plastique ne perdent pas une miette du traditionnel discours du pr\u00e9sident Alassane Dramane Ouattara, projet\u00e9 sur l\u2019\u00e9cran g\u00e9ant dress\u00e9 pour l\u2019occasion. Le suspense est \u00e0 son comble. Puis\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Face \u00e0 ce cas de force majeure et par devoir citoyen,<a href=\"https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/afrique\/20200806-pr%C3%A9sidentielle-ivoirienne-alassane-Ouattara-revient-d%C3%A9cision-et-porte-candidat\" target=\"_blank\"><strong>j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de r\u00e9pondre favorablement \u00e0 l\u2019appel de mes concitoyens<\/strong><\/a>\u00a0me demandant d\u2019\u00eatre candidat \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle du 31 octobre 2020.<\/em>\u00a0\u00bbLes spectateurs explosent de joie, tirent des feux d\u2019artifices, soufflent dans leurs trompettes en plastique, les acclamations fusent\u00a0: \u00ab\u00a0<em>ADO<\/em>\u00a0<em>! ADO\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0<em>cas de force majeure<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0? La mort brutale le 8 juillet, \u00e0 moins de 4 mois de l\u2019\u00e9lection, du Premier ministre et candidat d\u00e9sign\u00e9 \u00e0 la succession,\u00a0<a href=\"https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/afrique\/20200708-c%C3%B4te-divoire-d%C3%A9c%C3%A8s-premier-ministre-amadou-gon-coulibaly\" target=\"_blank\"><strong>Amadou Gon Coulibaly<\/strong><\/a>. \u00ab\u00a0<em>L\u2019appel des concitoyens<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0? Il s\u2019agit surtout d\u2019un appel de d\u00e9tresse des militants et caciques du parti au pouvoir, \u00e9gar\u00e9s depuis la disparition de l\u2019h\u00e9ritier et affol\u00e9s \u00e0 l\u2019id\u00e9e de l\u00e2cher les commandes du pays en cas de victoire du candidat Henri Konan B\u00e9di\u00e9, 86 ans, ex-chef de l&rsquo;\u00c9tat et pr\u00e9sident du Parti d\u00e9mocratique de C\u00f4te d\u2019Ivoire (PDCI), formation politique historique et premi\u00e8re force d\u2019opposition. Face au \u00ab\u00a0Sphinx de Daoukro\u00a0\u00bb, le natif de Dimbokro se dit pr\u00eat, \u00e0 78 ans, \u00e0 un dernier combat, apr\u00e8s trois d\u00e9cennies de lutte acharn\u00e9e pour le contr\u00f4le du pays.<\/p>\n<div id=\"tms-ad-inread-44593183774917433\" class=\"tms-ad\">\n<div id=\"divVideoStepAdBottom\" class=\"divVideoStep\"><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>Un technocrate en politique<\/strong><\/p>\n<p>Le parcours acad\u00e9mique et professionnel d\u2019Alassane Ouattara est celui du parfait technocrate\u00a0: un baccalaur\u00e9at \u00e0 20 ans \u00e0 Ouagadougou, capitale de la Haute-Volta rebaptis\u00e9e plus tard Burkina Faso, et un doctorat en sciences \u00e9conomiques \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Pennsylvanie \u00e0 Philadelphie, lui ouvrent les portes du Fonds mon\u00e9taire international (FMI) \u00e0 Washington, en 1968. Cinq ans plus tard, il int\u00e8gre la Banque centrale des \u00c9tats d\u2019Afrique de l\u2019Ouest (BCEAO) en tant que charg\u00e9 de mission, puis conseiller du gouverneur, directeur des \u00e9tudes et enfin vice-gouverneur. Son ascension se poursuit en 1984 au FMI o\u00f9 il revient en tant que directeur du d\u00e9partement Afrique, jusqu\u2019\u00e0 sa nomination, quatre ans plus tard, au poste de gouverneur de la BCEAO, \u00e0 la demande de F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny.<\/p>\n<p>En avril 1990, Alassane Ouattara entre dans les affaires politiques de son pays par la grande porte, lorsque Houphou\u00ebt lui confie la pr\u00e9sidence d\u2019un comit\u00e9 interminist\u00e9riel charg\u00e9 de l\u2019\u00e9laboration et de la mise en application du programme de stabilisation et de relance. \u00ab<em>\u00a0En 1988, le pr\u00e9sident Houphou\u00ebt tente de retenir la production de cacao en C\u00f4te d\u2019Ivoire\u00a0<\/em>[dont le pays est le premier producteur mondial, NDLR]<em>\u00a0pour en faire monter les prix \u00e0 l\u2019international,\u00a0<\/em>r\u00e9sume l\u2019analyste de l\u2019Institut strat\u00e9gique d\u2019Abidjan Sylvain N\u2019Guessan.\u00a0<em>C\u2019est un fiasco total. Combin\u00e9e aux effets du second choc p\u00e9trolier, cette crise met le pays en cessation de paiement. Ouattara est choisi pour mettre en place une politique d\u2019aust\u00e9rit\u00e9<\/em>.\u00a0\u00bbLes bailleurs de fonds et les cr\u00e9anciers de l\u2019\u00c9tat ivoirien voient d\u2019un bon \u0153il l\u2019intervention de ce technocrate de 48 ans, reconnu par la communaut\u00e9 financi\u00e8re internationale et ext\u00e9rieur aux rouages du syst\u00e8me politique du \u00ab\u00a0Vieux\u00a0\u00bb Boigny et des caciques du PDCI. La bonne r\u00e9putation d\u2019ADO \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pousse Houphou\u00ebt \u00e0 le nommer Premier ministre, le 7 novembre 1990. Une premi\u00e8re depuis l\u2019ind\u00e9pendance, puisque le poste est cr\u00e9\u00e9 pour l\u2019occasion. Le pr\u00e9sident ivoirien en profite, alors, pour modifier l\u2019article 11 de la Constitution, afin que le pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale assure l&rsquo;int\u00e9rim du chef de l\u2019\u00c9tat en cas de vacance du pouvoir. Une fonction assur\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque par\u2026 Henri Konan B\u00e9di\u00e9.<\/p>\n<div class=\"m-em-image\">\n<figure class=\"m-figure m-figure--original\">\n<div class=\"m-figure__img-wrapper\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" class=\"m-figure__img\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/s.rfi.fr\/media\/display\/164dbdaa-f9cb-11ea-90fe-005056a964fe\/w%3A1024\/p%3A16x9\/000_1be0m5_0.webp?w=696&#038;ssl=1\" alt=\"L'ancien pr\u00e9sident ivoirien Houphou\u00ebt-Boigny, entour\u00e9 d'Alassane Ouattara (G) et d'Henri Konan B\u00e9di\u00e9 (D), en 1992.\" \/><\/div><figcaption class=\"m-figure__caption\"><span class=\"m-figure__caption__legend\">L&rsquo;ancien pr\u00e9sident ivoirien Houphou\u00ebt-Boigny, entour\u00e9 d&rsquo;Alassane Ouattara (G) et d&rsquo;Henri Konan B\u00e9di\u00e9 (D), en 1992.<\/span>\u00a0<span class=\"m-figure__caption__credits\">AFP\/Issouf Sanogo<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<p><strong>Guerre d&rsquo;h\u00e9ritiers<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e8s lors, s\u2019amorce la bataille des \u00ab\u00a0enfants\u00a0\u00bb d\u2019Houphou\u00ebt. Le \u00ab\u00a0Vieux\u00a0\u00bb, \u00e2g\u00e9, malade, laisse carte blanche \u00e0 son Premier ministre, dont le travail est appr\u00e9ci\u00e9 par les observateurs de la finance mondiale. Mais les mesures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 impos\u00e9es accroissent le m\u00e9contentement populaire. En 1992, le gouvernement Ouattara tente d\u2019\u00e9teindre la contestation en emprisonnant\u00a0<a href=\"https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/afrique\/20101126-portrait-laurent-gbagbo\" target=\"_blank\"><strong>Laurent Gbagbo<\/strong><\/a>, fondateur socialiste du Front populaire ivoirien (FPI), parti historique d\u2019opposition l\u00e9galis\u00e9 depuis l\u2019instauration \u2013\u00a0\u00e0 marche forc\u00e9e\u00a0\u2013 du multipartisme en 1990. En parall\u00e8le, la rivalit\u00e9 avec le \u00ab\u00a0Sphinx\u00a0\u00bb se fait de plus en plus sentir. \u00ab<em>\u00a0ADO va tenter d\u2019\u00e9carter les hommes de B\u00e9di\u00e9 pr\u00e9sents dans l\u2019administration ivoirienne,\u00a0<\/em>poursuit Sylvain N\u2019Guessan.\u00a0<em>\u00c9tait-ce pour lutter contre la corruption ou pour stopper les ambitions pr\u00e9sidentielles de son adversaire\u00a0?\u00a0<\/em>\u00bbLe fait est que le PDCI voit en Ouattara un challenger \u00e0 \u00e9carter.<\/p>\n<p>Tout bascule \u00e0 la mort de F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny, le 7 d\u00e9cembre 1993. Pr\u00e9sident par int\u00e9rim, Henri Konan B\u00e9di\u00e9, fait voter un an plus tard un code \u00e9lectoral sur mesure, dont le tristement c\u00e9l\u00e8bre concept d\u2019ivoirit\u00e9 stipulant que tout candidat \u00e0 la magistrature supr\u00eame doit \u00ab\u00a0<em>\u00eatre Ivoirien de naissance, n\u00e9 de p\u00e8re et de m\u00e8re eux-m\u00eames ivoiriens. Il doit n\u2019avoir jamais renonc\u00e9 \u00e0 la nationalit\u00e9 ivoirienne [\u2026] et r\u00e9sider de mani\u00e8re continue en C\u00f4te d\u2019Ivoire depuis cinq ans<\/em>\u00a0\u00bb. Le ver est dans le fruit. Gbagbo d\u00e9nonce un texte \u00ab\u00a0<em>liberticide, raciste, x\u00e9nophobe et dangereux<\/em>\u00a0\u00bb, et forme un Front r\u00e9publicain avec le Rassemblement des r\u00e9publicains (RDR), parti dissident du PDCI.<\/p>\n<p>Tax\u00e9 d\u2019\u00eatre de nationalit\u00e9 burkinab\u00e8,\u00a0<a href=\"http:\/\/www1.rfi.fr\/actufr\/articles\/010\/article_3699.asp\" target=\"_blank\"><strong>Alassane Ouattara est \u00e9cart\u00e9 de la course \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de 1995<\/strong><\/a>\u00a0et poursuit sa carri\u00e8re au FMI. Mais l\u2019ivoirit\u00e9 va donner place aux discours x\u00e9nophobes et d\u00e9chirer la cohabitation traditionnelle entre les populations du Nord et le reste du pays. Un an avant la nouvelle \u00e9lection pr\u00e9sidentielle, en juillet 1999, Alassane Ouattara rentre au pays pour se lancer dans la course. Il est d\u00e9sign\u00e9 pr\u00e9sident du RDR, dont le fondateur Djeni Kobina est mort 10 mois plus t\u00f4t. Le r\u00e9gime B\u00e9di\u00e9, pas plus que 5 ans auparavant, n\u2019entend pas laisser l\u2019ancien Premier ministre se pr\u00e9senter. Vis\u00e9 par un mandat d\u2019arr\u00eat, ADO s\u2019exile en France, d\u00e8s le mois de septembre.<\/p>\n<p>\u00c0 la veille de No\u00ebl 1999, Henri Konan B\u00e9di\u00e9 est renvers\u00e9 par un coup d\u2019\u00c9tat militaire portant au pouvoir le g\u00e9n\u00e9ral Robert Gu\u00e9\u00ef. Ouattara rentre. Or, l\u2019un des acteurs cl\u00e9s du coup de force est le sergent Ibrahim Coulibaly, dit \u00ab\u00a0IB\u00a0\u00bb, un de ses anciens gardes du corps. De ce fait, Alassane Ouattara sera toujours suspect\u00e9 par ses adversaires d\u2019\u00eatre l\u2019un des architectes de ce coup d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p><strong>Longue marche vers la pr\u00e9sidence<\/strong><\/p>\n<p>Au terme d\u2019une transition houleuse, c\u2019est finalement Laurent Gbagbo qui remporte la pr\u00e9sidentielle de 2000 face au \u00ab\u00a0p\u00e8re No\u00ebl en treillis\u00a0\u00bb, lors d\u2019un scrutin auquel n\u2019ont pu participer ni B\u00e9di\u00e9, ni Ouattara. Mais le 19 septembre 2002, des militaires tentent un nouveau coup de force. Ils \u00e9chouent \u00e0 prendre le pouvoir mais occupent le nord du pays, faisant de Bouak\u00e9 leur capitale et quartier g\u00e9n\u00e9ral. Ouattara est une nouvelle fois accus\u00e9 d\u2019\u00eatre derri\u00e8re cette r\u00e9bellion et quitte le pays. En 2005, les quatre protagonistes de la crise ivoirienne se retrouvent \u00e0 Pretoria, en Afrique du Sud. Laurent Gbagbo, Henri Konan B\u00e9di\u00e9, Alassane Ouattara et le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des rebelles, Guillaume Soro, concluent un accord sous l\u2019\u00e9gide du m\u00e9diateur et pr\u00e9sident sud-africain Thabo Mbeki. Alassane Ouattara est r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans le jeu politique. En vue de la pr\u00e9sidentielle \u00e0 laquelle il est d\u00e9sormais s\u00fbr de pouvoir participer, il signe avec son ennemi jur\u00e9, Henri Konan B\u00e9di\u00e9\u00a0<a href=\"http:\/\/www1.rfi.fr\/actufr\/articles\/065\/article_36278.asp\" target=\"_blank\"><strong>en 2005, une alliance\u00a0<\/strong><\/a>de second tour anti-Gbagbo baptis\u00e9e \u00ab\u00a0Rassemblement des Houphou\u00ebtistes pour la d\u00e9mocratie et la paix (RHDP)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Alassane Ouattara est finalement \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique ivoirienne en 2010. Laurent Gbagbo ne reconna\u00eet pas sa d\u00e9faite. S\u2019ouvre alors une crise meurtri\u00e8re de 5 mois, jusqu\u2019en avril 2011, au cours de laquelle au moins 3\u00a0000 personnes sont tu\u00e9es selon un bilan \u00e9tabli par l\u2019ONU. Le \u00ab\u00a0Woody de Mama\u00a0\u00bb, comme le surnomment les Ivoiriens, d\u2019abord arr\u00eat\u00e9 et d\u00e9tenu en C\u00f4te d\u2019Ivoire, sera finalement envoy\u00e9 \u00e0 La Haye pour r\u00e9pondre aux accusations de crimes contre l\u2019humanit\u00e9 devant la Cour p\u00e9nale internationale.<\/p>\n<p>Ouattara pr\u00e9sident fait de la remise au travail sa priorit\u00e9. En effet, l\u2019\u00e9conomie est \u00e0 genoux et l\u2019instabilit\u00e9 chronique a fait fuir les entreprises \u00e9trang\u00e8res et les investissements. La C\u00f4te d\u2019Ivoire fait peur, mais le partage du pouvoir entre Ouattara, B\u00e9di\u00e9 et Guillaume Soro, chef de la r\u00e9bellion devenu ces derni\u00e8res ann\u00e9es figure politique incontournable, rassure progressivement. La croissance oscille entre 7<em>\u00a0<\/em>% et 8<em>\u00a0<\/em>%, faisant de l\u2019\u00e9conomie ivoirienne l\u2019une des plus dynamiques au monde, selon la Banque mondiale. Ouattara est r\u00e9\u00e9lu en 2015 dans un fauteuil, gr\u00e2ce notamment au soutien d\u2019Henri Konan B\u00e9di\u00e9.\u00a0<em>\u00ab\u00a0ADO a r\u00e9ussi \u00e0 repositionner la C\u00f4te d\u2019Ivoire sur le plan international,<\/em>\u00a0analyse Pr Bamba Abdoulaye, ma\u00eetre de conf\u00e9rence en Relations internationales.\u00a0<em>On a connu une politique de grands travaux comme \u00e0 l\u2019\u00e9poque d\u2019Houphou\u00ebt. Les investisseurs sont revenus en masse et les milliards d\u2019euros pleuvent de nouveau sur le pays. Et contrairement \u00e0 ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, il a su mater deux mutineries dans les casernes, en 2017, sans que cela ne remette en cause la stabilit\u00e9 du territoire. Le bilan est positif sur le plan \u00e9conomique, beaucoup moins sur le plan social.\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>C\u2019est effectivement le principal reproche conc\u00e9d\u00e9 par les observateurs ivoiriens et \u00e9trangers. La croissance est l\u00e0, mais pas la redistribution.<\/p>\n<p><strong>Impunit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Autre grand chantier\u00a0: la r\u00e9conciliation nationale. Apr\u00e8s des mois de guerre civile, le pays est profond\u00e9ment divis\u00e9 et les partisans de Laurent Gbagbo se sentent l\u00e9s\u00e9s. Sur ce point, le Pr Bamba constate un \u00e9chec\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0J\u2019aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 une implication personnelle du pr\u00e9sident dans le processus de r\u00e9conciliation. Mais l\u2019\u00e9chec n\u2019est pas total puisque les populations vivent globalement en harmonie. C\u2019est surtout au niveau politique que \u00e7a coince.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0Pour enterrer la hache de guerre, Alassane Ouattara a rapidement mis en place la Commission dialogue v\u00e9rit\u00e9 et r\u00e9conciliation (CDVR), cens\u00e9e apaiser les c\u0153urs une bonne fois pour toute. Tr\u00e8s vite, cette commission devient la cible des d\u00e9fenseurs des droits humains, dont la F\u00e9d\u00e9ration internationale des droits de l\u2019homme (FIDH) qui, dans son rapport de d\u00e9cembre 2014 intitul\u00e9\u00a0<em>C\u00f4te d\u2019Ivoire<\/em>\u00a0<em>: choisir entre la justice et l\u2019impunit\u00e9<\/em>, d\u00e9plore son\u00a0<em>\u00ab\u00a0opacit\u00e9 et son manque de m\u00e9thodologie\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0La premi\u00e8re erreur a \u00e9t\u00e9 de confier la pr\u00e9sidence de la CDVR \u00e0 l\u2019ex-Premier ministre Charles Konan Banny, qui poursuivait surtout son propre agenda politique,\u00a0<\/em>estime l\u2019historien Moriti\u00e9 Camara.<em>\u00a0De plus, et malgr\u00e9 les promesses de retransmissions t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es, les audiences se tenaient \u00e0 huis clos. Donc inaccessibles aux populations ivoiriennes qui ne se sentaient pas impliqu\u00e9es.\u00a0\u00bb\u00a0<\/em><a href=\"https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/afrique\/20190116-gbagbo-ble-goude-acquittement-recit-tournant-cour-penale-internationale-cpi\" target=\"_blank\"><strong>L\u2019acquittement en premi\u00e8re instance de Laurent Gbagbo, en janvier 2019<\/strong><\/a>, est venu renforcer ce sentiment de g\u00e2chis et d\u2019impunit\u00e9, en m\u00eame temps que le d\u00e9sespoir des victimes.\u00a0<em>\u00ab<\/em>\u00a0<em>D\u00e9sormais, les victimes souhaitent harceler la justice ivoirienne afin qu\u2019elle entame son insurrection contre les auteurs de crimes de masse,\u00a0<\/em>mart\u00e8le Issiaka Diaby, pr\u00e9sident du Collectif des victimes de C\u00f4te d\u2019Ivoire.\u00a0<em>Nous sommes en train de voir sur quel point appuyer, vu que la CPI ne nous offre pas les r\u00e9sultats escompt\u00e9s.<\/em>\u00a0<em>\u00bb<\/em>\u00a0Par ailleurs, ni Guillaume Soro, ni les anciens chefs de guerre de la r\u00e9bellion, qui ont contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir d\u2019Alassane Ouattara, n\u2019ont \u00e9t\u00e9 inqui\u00e9t\u00e9s, malgr\u00e9 des crimes et exactions d\u00e9nonc\u00e9s par les organisations de d\u00e9fense des droits de l\u2019homme entre 2002 et 2011. Au contraire m\u00eame, les \u00ab\u00a0comzones\u00a0\u00bb acc\u00e8dent \u00e0 de hautes fonctions militaires et administratives.<\/p>\n<p>La veille de la proclamation de sa candidature \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de 2020, le chef de l\u2019\u00c9tat a d\u00e9cid\u00e9 l\u2019instauration d\u2019une Journ\u00e9e nationale du pardon et du souvenir qui se tiendra tous les 16 d\u00e9cembre, en m\u00e9moire des victimes des violences de ce jour de 2010 devant le si\u00e8ge de la Radio-T\u00e9l\u00e9vision ivoirienne (RTI).\u00a0<em>\u00ab\u00a0Dix ans apr\u00e8s, c\u2019est un peu tard,<\/em>\u00a0critique le professeur Camara.\u00a0<em>\u00c0 trois mois du scrutin, les raisons de la cr\u00e9ation de cette Journ\u00e9e semblent r\u00e9pondre \u00e0 une logique \u00e9lectoraliste.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0L\u2019annonce de cette nouvelle Journ\u00e9e n\u2019a d\u2019ailleurs pas eu le temps de faire d\u00e9bat, car totalement occult\u00e9e par celle de la candidature de Ouattara, le soir du 6 ao\u00fbt.<\/p>\n<p><strong>Candidature contest\u00e9e<\/strong><\/p>\n<div id=\"tms-block-8093567328505855\" class=\"o-self-promo o-self-promo--nl\">\n<div class=\"o-self-promo-wrapper\"><\/div>\n<\/div>\n<p>Cinq mois plus t\u00f4t, le pr\u00e9sident de 78 ans pronon\u00e7ait un discours tr\u00e8s remarqu\u00e9 devant les parlementaires r\u00e9unis en congr\u00e8s \u00e0 Yamoussoukro.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/afrique\/20200305-pr%C3%A9sidentielle-en-c%C3%B4te-divoire-le-pr%C3%A9sident-ouattara-repr%C3%A9sentera-pas\" target=\"_blank\"><strong>Alassane Ouattara y annon\u00e7ait sa d\u00e9cision de ne pas briguer de nouveau mandat<\/strong><\/a>\u00a0et sa volont\u00e9<em>\u00a0\u00ab\u00a0de transf\u00e9rer le pouvoir \u00e0 une jeune g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb<\/em>. Le 12 mars, le RHDP adoubait son dauphin : le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly.<\/p>\n<p>Mais la crise cardiaque le 8 juillet, en Conseil des ministres, de celui qu\u2019il appelait \u00ab\u00a0son fils\u00a0\u00bb a provoqu\u00e9 un s\u00e9isme politique en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Alassane Ouattara qui a rompu avec son alli\u00e9 Henri Konan B\u00e9di\u00e9 et livre une bataille sans merci \u00e0 Guillaume Soro, estime alors qu\u2019il lui reste peu d\u2019options s\u2019il souhaite que son camp garde les r\u00eanes du pays.\u00a0<em>\u00ab\u00a0J&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 pr\u00e9parer ma reconversion en mettant en place la Fondation Internationale ADO dont le si\u00e8ge est presque fini mais la mort du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly m&rsquo;am\u00e8ne \u00e0 reconsid\u00e9rer ma position\u00a0\u00bb,\u00a0<\/em>se justifie-t-il le 6 aout. Les caciques du r\u00e9gime et du parti au pouvoir ont la m\u00eame analyse. Ce sera lui ou la d\u00e9faite. Lui seul peut gagner au premier tour et \u00e9viter un front anti-RHDP fatal au second tour, estiment ses proches.<\/p>\n<p>La constitution ivoirienne limite \u00e0 deux le nombre de mandats pr\u00e9sidentiels. Mais le RHDP estime qu\u2019avec l\u2019adoption de la nouvelle constitution en 2016, les compteurs sont remis \u00e0 z\u00e9ro et mart\u00e8le un \u00e9l\u00e9ment de langage : pri\u00e8re de parler du\u00a0<em>\u00ab\u00a0premier mandat de la troisi\u00e8me R\u00e9publique\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Cette candidature s\u2019inscrit dans la logique du jeu ivoirien depuis la mort d\u2019Houphou\u00ebt en 1993. On \u00e9crit la loi en fonction de la t\u00eate du client\u00a0\u00bb,\u00a0<\/em>s\u2019insurge Moriti\u00e9 Camara, estimant que le respect ou non de la loi fondamentale importe peu puisqu\u2019elle est syst\u00e9matiquement &#8211;\u00a0\u00e0 dessein\u00a0&#8211; sujette \u00e0 interpr\u00e9tation.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Il est malheureux que la Constitution, qui devrait \u00eatre le texte sacr\u00e9 des citoyens, soit r\u00e9duite \u00e0 une loi \u00e9lectorale. Le peuple ivoirien pourrait jouer les arbitres, mais il n\u2019existe pas de soci\u00e9t\u00e9 civile r\u00e9ellement ind\u00e9pendante, tant les piliers politiques Ouattara-B\u00e9di\u00e9-Gbagbo sont d\u00e9ifi\u00e9s par leurs partisans. ADO aurait pu tourner d\u00e9finitivement cette page en inscrivant une limite d\u2019\u00e2ge pour tout postulant \u00e0 la fonction supr\u00eame. Cela aurait \u00e9t\u00e9 comme une renaissance pour la C\u00f4te d\u2019Ivoire, les querelles de personnes disparaissant avec les personnes.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>La rh\u00e9torique du parti au pouvoir,\u00a0<a href=\"https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/afrique\/20200914-pr%C3%A9sidentielle-ivoirienne-la-candidature-ouattara-valid%C3%A9e-pas-celle-gbagbo\" target=\"_blank\"><strong>valid\u00e9e par le Conseil constitutionnel<\/strong><\/a>\u00a0dans sa d\u00e9cision du 14 septembre\u00a0d&rsquo;ent\u00e9riner 4 candidatures sur 44, dont celle d\u2019Alassane Ouattara, est rejet\u00e9e par les partis d\u2019opposition. Depuis le 6 ao\u00fbt, d\u2019ailleurs, des manifestations, localis\u00e9es, agitent la C\u00f4te d\u2019Ivoire. Des manifestations parfois violentes au cours desquelles au moins 15 personnes ont trouv\u00e9 la mort. Cette candidature est au centre du d\u00e9bat politique. L\u2019opposition tente d\u2019organiser la riposte politique. Et \u00e0 mesure que la date fatidique du 31 octobre approche l\u2019inqui\u00e9tude des Ivoiriens grandit.<\/p>\n<p>RFI<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sa d\u00e9cision, en mars, de ne pas se pr\u00e9senter \u00e0 l\u2019\u00e9lection avait \u00e9t\u00e9 unanimement salu\u00e9e. Il assurait vouloir \u00ab laisser la place \u00e0 une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration \u00bb. Mais \u00e0 78 ans, Alassane Ouattara, pr\u00e9sident de la C\u00f4te d\u2019Ivoire depuis 2010, repart en campagne suite au d\u00e9c\u00e8s de son dauphin, son \u00ab fils \u00bb, Amadou Gon [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1628,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[4,5,6],"tags":[],"class_list":["post-1627","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actu","category-politique","category-societe"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/liberationinfo.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Alassane-OUATTARA.jpg?fit=1200%2C675&ssl=1","jetpack-related-posts":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/liberationinfo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1627","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/liberationinfo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/liberationinfo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/liberationinfo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/liberationinfo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1627"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/liberationinfo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1627\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/liberationinfo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1628"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/liberationinfo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1627"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/liberationinfo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1627"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/liberationinfo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1627"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}