Trois semaines après son départ du poste de Premier ministre, Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée nationale, a livré au au Média ‘’Le Monde‘’ une déclaration qui ne manque pas de provoquer le débat, « Nous n’avions pas de leçon à recevoir de l’étranger ». Cette phrase condense une stratégie politique qui mérite une grosse réflexion.
Derrière l’affirmation de souveraineté, Sonko cherche à incarner le refus des ingérences extérieures et à se poser en défenseur d’une identité sénégalaise affranchie des tutelles occidentales. Mais cette posture, séduisante pour une partie de l’opinion, révèle plusieurs contradictions. Le Sénégal reste dépendant des financements internationaux, des partenariats diplomatiques et des échanges commerciaux. Refuser toute « leçon » revient à ignorer les conditions de coopération qui structurent l’économie nationale.
Alors que sur le plan diplomatique, cette rhétorique de défiance risque d’isoler le pays. L’Union européenne, la France et d’autres partenaires stratégiques pourraient se montrer réticents à maintenir un dialogue constructif si Dakar adopte une ligne de confrontation systématique. Historiquement, Senghor avait su conjuguer souveraineté et ouverture, dialogue et affirmation nationale. Sonko, en revanche, semble confondre indépendance et autarcie.
Politiquement, cette sortie s’inscrit dans une stratégie populiste. Elle vise à galvaniser une base électorale sensible aux thèmes de souveraineté et de fierté africaine, en transformant chaque événement jusqu’à un match de football en symbole de résistance à l’Occident. Mais cette instrumentalisation détourne l’attention des urgences réelles : chômage, éducation, santé, infrastructures.
Retenons que, la posture de Sonko flatte l’orgueil national mais menace la stabilité économique et diplomatique du Sénégal. La souveraineté ne se construit pas dans le rejet systématique, mais dans la capacité à négocier d’égal à égal, à défendre ses intérêts tout en restant ouvert aux critiques constructives. Refuser toute « leçon » étrangère, c’est risquer de transformer l’indépendance en isolement.
Emmanuel CODJO












