Pour la première fois dans ce pays, des proches, amis, collaborateurs, connaissances, fans ou anonymes rendront hommage à un Guinéen de son vivant. Sur initiative de l’ancien ministre des Sports, Fodeba Keira Isto, le monde politique, culturel, médiatique célèbre
notre frère Jean Baptiste Williams Williams au cours d’une cérémonie qui se veut particulierement solennelle. Même si la retraite est un droit, ce Jour de reconnaissance pourrait donner l’occasion de constater que le monument de l’histoire médiatico-culturelle que nous célébrons aujourd’hui peut encore servir.

Sur les réseaux sociaux, le ton est déjà donné. Les organisateurs et Jean Baptiste Williams ont déjà une idée de la considération et de l’admiration que le public voue à l’acteur du Jour.
Mais, dans le monde médiatique et culturel, qui mieux que Justin Morel Junior, Issa Condé, Riyad Chaloub, Zeze Guilavogui, Alpha Traoré James… pour décrire l’enfant de Hadja Koumba N’diaye ?
Évoquer Jean Baptiste Williams « Jeannot » c’est se perdre dans les adjectifs et superlatifs comme les fleuves à la mer.
Ingénieux, perfectionniste, inspiré, créatif, la vie et le parcours professionnel de ce géologue de formation est un véritable chef-d’œuvre, une École.
En effet, technicien ou ingénieur, artiste, musicien, animateur, auteur compositeur, arrangeur, Journaliste, historien, philosophe Homme de Culture, Administrateur, Archiviste, Jeannot Williams est simplement une École, un Patrimoine vivant qui a toujours su faire preuve de génie dans tout ce qu’il a touché ou entrepris par son abnégation, sa ténacité, sa rigueur dans la quête de l’excellence, sa passion du travail convenablement accompli à la satisfaction de celles et ceux dont il s’estime serviteur.
Avec lui, des souvenirs torturent mes méninges.
En ce moment de forte émotion pour celui que je considère comme un frère, un ami difficile ici de se livrer à l’exercice. Je n’ai pas l’intention de rappeler nos randonnées journalières et nocturnes des années 80 – 90 avec Issa Condé, Facinet Sankhon, Ousmane Tity Faye, Mamadou Dian Diallo, Sami Traore, Alpha Kabinet Doumbouya, Bangaly Sylla, Bouya Kebe, feu Ben Daouda Sylla, feue Mariam Bah, feu Aly Badara Diakité « ABD « . Ni de ses gratuites prestations à chaque fois que j’ai été Parrain d’un événement comme les anniversaires de Catherine Mady, la sœur de l’épouse de notre regretté Ben Daouda Rica Mady Sylla Justine ou l’inauguration de certains lieux de récréation comme « LE LIBERIA »
À elle seule, la vie artistique de Jean Baptiste Williams est tout un Livre.
À ce niveau, je préfère me contenter de quelques faits, événement ou anecdotes toujours tenaces dans ma mémoire.
Vers la fin des années 70 ou début 80 à Dixinn, de jeunes mélomanes de l’époque étaient si fans du merveilleux guitariste soliste co-fondateur de Sextet Camayenne qu’ils ont unanimement décidé de boycotter les matinées et soirées dansantes de l’orchestre fédéral de Conakry II aussi longtemps que Jean Baptiste Williams restera derrière sa décision de prise de distance des lieux d’animation en signe de protestation contre une mesure le déchargeant de ses fonctions de chef d’un groupe musical dont il était finalement le seul membre fondateur actif.
Sur sa moto (un signe d’aisance à l’époque), je revois des jeunes scander son nom ou l’applaudir à chaque fois qu’il circulait sur le trajet Pharmaguine – Stade – Camayenne en passant devant la permanence fédérale de Conakry II, Landreah, l’IPGAN, le 2 août, etc.
Patriote et amoureux de la Guinée, il l’a prouvé à l’époque.
Dans les années dites difficiles notamment de radicalisation de la Révolution, et alors que les opportunités s’offraient à lui d’embrasser une carrière internationale à l’étranger avec des chances certaines de succès, il refuse, contrairement à beaucoup de ses musiciens de Sofa Camayenne, de quitter la Guinée et continue de donner le plaisir et le sourire aux jeunes des décennies 50 – 60 – 70 – 80 à travers des soirées et spectacles dans différents endroits de la capitale et même de l’intérieur du pays.

À la RTG, les émissions qu’il a créées ou animées, soigneusement préparées dans l’art et les règles d’un professionnalisme rigoureux,
comme la SONO MONDIALE, ANTENNES VACANCES, LES MERVEILLES DU PASSÉ, VENDREDI PARFUMÉ, FREQUENCE PLUS etc. étaient ou sont parmi les plus écoutées. La notoriété africaine sinon internationale de la SONO MONDIALE étaient incontestables. Au point que des Guinéens à l’intérieur comme à l’extérieur, à l’instar de notre ami et frère Bouya Kebe avec sa légendaire boîte de nuit à côté de l’ancien Cinéma » LE COLEYAH » ont créé des Fans Clubs SONO MONDIALE -JBW.
J’ai eu l’occasion d’assister le journaliste – animateur dans la réalisation ou la production de certaines de ses multiples émissions. Avec lui, rien n’est laissé au hasard, pas d’improvisation non plus. Tout est pensé, conçu et minutieusement mise en œuvre.
Comme l’émission-hommage à la mémoire du regretté Aboubacar Demba Camara du Bembeya Jazz National et international à l’occasion de l’an 20 de sa disparition (le 05 avril 1973) à Dakar.
Ce numéro des « Merveilles du Passé » diffusé en Avril 1993 et rediffusé depuis à chaque avril des années suivantes avec des témoignages riches et anecdotes intéressantes recueillis auprès de ses anciens compagnons notamment de son ami et alter ego Salifou Kaba ainsi que de certains acteurs et témoins de la musique Guinéenne de l’époque reste la seule et unique Archive disponible sur la vie de l’immortel chanteur du Bembeya Jazz.
Tout comme pour Aboubacar Demba Camara, Jean Baptiste Williams a produit des dizaines d’autres émissions sur la vie et la carrière de nombreuses personnalités de la politique, de l’économie, de la culture dans le sens complet du terme en Guinée, en Afrique et dans le monde.
Bref, Jean Baptiste Williams est une véritable bibliothèque
pour tous les journalistes et autres historiens intéressés par l’histoire politique et culturelle de la Guinée.
Pour son émission du 25 Mai 1993, coincidant au 30ème anniversaire de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine), il me chargea de trouver, à l’intention des auditeurs, une question relative à l’histoire de l’ancêtre de l’actuelle UA.
Qui a été le premier Chef d’Etat ou de Gouvernement à signer l’acte constitutif de l’organisation ?
Cette question dont la réponse (Ahmed Ben Bella, le premier Président d’Algérie) offrait un beau cadeau à quiconque l’annonçait, fit sonner incessamment le fixe de la RTG tout au long de l’émission de 4 heures (8 heures à 12 heures 45) tant les animations de Jean Baptiste Williams suscitent un réel intérêt et de l’engouement chez les auditeurs.
Je me souviens d’une de ses grandes émissions de 4 heures également non stop ( 8 heure – 12 heures) en 1992 avec le célèbre chanteur Malien, Salif Keïta qui a battu tous les records d’audience de la RTG
Sociable, humaniste, ouvert, il a contribué à l’essort professionnel et à l’épanouissement social de nombreux artistes et journalistes comme Sekouba Bambino Diabaté et bien d’autres.
Amateur du cuir rond, témoin des moments glorieux Guinéen avec le Hafia Club (triple champion d’Afrique), supporter du Horoya AC,
il est l’un des soutiens objectifs du Président Antonio Souaré dans son insalable travail pour le rayonnement international du Football Guinéen.
Citoyen vertueux avec un sens de civisme élevé, JBW est l’un des rares Guinéens que j’ai vu très respectueux des feux de la circulation et sens interdits.
À chaque fois que je me suis embarqué dans son véhicule pour se rendre à son domicile non loin du marché Niger à partir de la RTG, alors qu’il ne risquait rien à emprunter le chemin direct et court, il a tenu à toujours faire le long tour rien que pour respecter le code de la route.
Je me souviens du Papa heureux célébrant fastueusement la naissance de son fils un samedi après avoir enregistré, pour la première fois, la SONO MONDIALE.
C’est le moment et le le lieu pour moi d’avoir une pensée émue et recueillie pour la mémoire de sa regrettée épouse Mme Williams Yelikha Kake. Une femme dévouée et de grande attention pour les invités de son époux.
VEUILLE ALLAH, NOTRE CRÉATEUR, l’accueillir dans son éternel Paradis. Amen
En saluant l’initiative de notre frère Fodeba Keïra de rendre de son vivant hommage à cette riche carrière dont seul l’aspect fonctionnaire est « victime » des impératifs administratifs, il est important que les refondateurs du CNRD retiennent que la retraite d’un Patrimoine aussi riche et actif que Jean Baptiste Williams donne le sentiment d’un goût d’inachevé, une forme de privation de soi-même, donc un gâchis.
À ce titre, il est certain que JBW peut-être encore utile à la Nation.
Car, comme le dit si bien Abdoulaye Wade, l’ancien Président Sénégalais : » on a l’âge de ses artères « . Celles de Jeannot semblent encore saines et solides.
Que DIEU, NOTRE CRÉATEUR, continue de te garder dans la Santé. Amen

Par Abdoulaye Condé