La Guinée est frappée de plein fouet par une crise de liquidité qui affecte aussi bien les banques que les points de retrait d’argent.
Depuis plusieurs mois, retirer de l’argent dans une banque ou un kiosque relève du parcours du combattant.
Face à cette situation préoccupante, Mosaiqueguinee.com a interrogé l’économiste financier.
Pour Cheick Oumar Traoré, cette crise ne se résume pas à un simple manque de billets en circulation.
« Il s’agit d’un problème structurel : l’argent circule plus lentement dans l’économie qu’il ne le devrait. Cela ralentit l’activité, fragilise les entreprises et pèse sur la croissance », explique-t-il.
La Guinée tire une part importante de ses ressources publiques de l’extraction minière, notamment de la bauxite. Ces dernières années, ce minerai a représenté en moyenne plus de 60 % des recettes d’exportation, selon les données de la BAD et du FMI.
Dans un tel contexte, une baisse des prix mondiaux des matières premières, estimée entre 15 % et 25 %, entraîne mécaniquement une diminution des revenus de l’État. Conséquence : moins de devises disponibles pour financer les importations et soutenir l’économie locale.
Par ailleurs, la structure de l’économie guinéenne demeure largement déséquilibrée, reposant sur :
L’exportation de matières premières ; L’importation massive de biens manufacturés et de produits alimentaires.
Tous les ans, le pays importe pour plusieurs centaines de millions de dollars de marchandises, souvent en quantité supérieure à sa production locale. Cette situation provoque une sortie nette de devises, réduisant les ressources disponibles dans le circuit économique interne.
L’État, acteur économique majeur à travers les travaux publics, les services et les subventions, joue également un rôle déterminant. Lorsque les paiements dus aux fournisseurs accusent des retards ce qui est fréquent, les entreprises concernées se retrouvent en difficulté de trésorerie. Elles peinent alors à payer leurs employés, investir ou honorer leurs propres engagements.ì
Certaines analyses budgétaires estiment que les arriérés de paiement internes pourraient représenter entre 5 % et 10 % du budget national, un niveau suffisant pour paralyser des secteurs entiers.
À cela s’ajoute un système bancaire confronté à une liquidité limitée et à un coût du crédit élevé, avec des taux d’intérêt oscillant entre 15 % et 20 %. Dans ces conditions, l’accès au financement reste difficile, notamment pour les PME et les jeunes entrepreneurs.
« L’ensemble de ces facteurs réduit l’investissement productif et freine le dynamisme économique », souligne l’économiste.
Pour mettre fin à cette situation, Cheick Oumar Traoré propose plusieurs mesures.
« La première urgence est de rétablir la fluidité financière. L’État doit apurer ses dettes internes et injecter de la trésorerie dans le circuit économique. Cela redonnerait immédiatement de l’oxygène aux entreprises et relancerait la consommation », recommande-t-il.
Il insiste également sur la nécessité de soutenir le financement des PME, notamment celles portées par les jeunes entrepreneurs et les acteurs du secteur agricole, afin de stimuler l’activité réelle et renforcer la création de valeur locale.
Toutefois, au-delà des mesures d’urgence, l’économiste plaide pour une réforme structurelle de l’économie.
« Tant que notre économie dépendra essentiellement d’un seul secteur, elle restera vulnérable aux chocs extérieurs », avertit-il.
Il appelle ainsi à investir davantage dans l’agriculture, la transformation locale, l’industrie légère et le numérique, qu’il considère comme des axes stratégiques de diversification.
Enfin, il rappelle que la confiance demeure un pilier fondamental.
« Une économie prospère lorsque les entreprises, les investisseurs et les citoyens ont confiance dans la stabilité des règles, la transparence et la gouvernance publique. »
Sortir d’une crise de liquidité, Conclut-il, exige à la fois des mesures techniques immédiates et une vision structurelle à long terme.
Mamadou Mouctar SYLLA



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